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Il tentait d’éviter les nids-de-poule, mais la police le croyait... saoul

Jonathan Tremblay et Stéphane Sinclair | Le Journal de Montréal

Tom Fermanian trouvait la situation bien cocasse de s’être fait intercepter par les policiers qui le pensaient ivre au volant, en avril.

Tom Fermanian trouvait la situation bien cocasse de s’être fait intercepter par les policiers qui le pensaient ivre au volant, en avril.

Un automobiliste des Laurentides qui zigzaguait pour éviter les nids-de-poule s’est fait intercepter à sa grande surprise par des policiers qui croyaient avoir affaire à un conducteur en état d’ébriété.

L’histoire de Tom Fermanian est la preuve que nos routes sont dans un état lamentable, depuis qu’il s’est fait intercepter sur la route 117, au printemps dernier, alors qu’il peinait à circuler tellement le chemin était criblé de trous qu’il tentait désespérément d’esquiver.

«Réveillez-vous, le ministère des Transports. Quand c’est rendu que les policiers nous arrêtent pour ça, c’est que la situation est grave, déplore le résident de Sainte-Adèle depuis 65 ans. Les routes sont toujours maganées après l’hiver, mais cette année, c’est exceptionnel !»

Zigzag

Le propriétaire du cinéma Pine, au coin du boulevard Sainte-Adèle, venait de fermer les portes de son commerce, après une longue journée de travail, peu avant 23 h, le 24 avril.

M.Fermanian s’apprêtait à faire le plein d’essence dans une station-service située à la hauteur du chemin Notre-Dame, aux abords de la route 117.

Une fois la voiture garée près des pompes, une voiture de patrouille de la Sûreté du Québec qui l’avait suivi s’est positionnée derrière le véhicule de Tom Fermanian et les agents sont venus le questionner.

«Vous savez pourquoi on vous arrête?» a demandé d’emblée un des deux patrouilleurs.

«Oui, vous m’arrêtez parce que je zigzague trop à votre goût ?» a rapidement répondu le soixantenaire, sûr de lui et totalement à jeun.

Et il avait bel et bien raison. Les agents le croyaient intoxiqué, mais se sont vite ravisés, voyant que l’homme auquel ils avaient affaire tenait un discours cohérent et qu’aucune odeur ne se dégageait de sa voiture, raconte-t-il.

Ses manœuvres avaient été effectuées dans le but de ne pas cahoter dans la panoplie « d’énormes nids-de-poule et de crevasses, afin qu’il [lui] reste un peu de [sa] voiture », une fois chez lui.

«Je leur ai même offert de souffler dans la baloune. Les gens qui me connaissent savent que je ne bois pas d’alcool», en rigole aujourd’hui l’homme d’affaires.

«Ça n’a pas d’allure, en descendant la [route] 117, c’est tellement magané qu’on s’en va en serpent pour éviter des trous. Ç’a fait bien rire les agents, qui n’ont pas trouvé nécessaire de me faire passer de test», a conclu M. Fermanian, à propos de cette situation inusitée.

Nids de dindes

Le Journal a sillonné le même trajet que M. Fermanian ce week-end et a remarqué le long tracé de nids-de-poule colmatés qui mène à la station-service Esso où il a été intercepté par les policiers.

Interrogée sur le sujet, la mairesse de Sainte-Adèle, Nadine Brière, affirme être au fait de cette histoire.

«Nous avons nous-mêmes fait le remplissage des nids-de-poule en urgence aux frais du ministère des Transports. Ce n’était plus des nids-de-poule, mais des nids de dindes !» s’exclame-t-elle.

Selon elle, toutes les Laurentides sont en sous-financement et attendent de l’argent du MTQ pour les routes sous juridiction provinciale comme la 117.

«Il n’y a rien de prévu pour les cinq prochaines années pour [la] refaire. On va devoir être patients. Nous ne sommes pas les seules (municipalités) dans cette situation», se désole-t-elle.