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La mère de Gilles Duceppe «a tenté par tous les moyens de se réchauffer»

TVA Nouvelles

Morte d’hypothermie, la mère de Gilles Duceppe «a tenté par tous les moyens de se réchauffer» et ne voulait pas mourir «de cette tragique façon», selon la coroner Géhane Kamel, qui a remis son rapport mardi.

Hélène Rowley Hotte Duceppe a été retrouvée morte d’hypothermie à l’extérieur de la résidence privée Lux Gouverneur, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, le 20 janvier. Elle aurait quitté son logement de cette résidence multiservice pour personnes âgées à cause du déclenchement d’une alarme générale d’incendie par erreur vers 4 h 55 dans la nuit alors qu’une tempête de neige avait commencé à frapper la métropole.

«Une fois à l’extérieur, Mme Rowley Hotte Duceppe se rend rapidement compte que le point de ralliement n’est pas dans la cour intérieure, indique la coroner. Elle tente de revenir à l’intérieur, mais la porte de secours est barrée et sa carte d’accès ne permet pas de l’ouvrir. À ce moment-là, il neige abondamment, il vente et la température ressentie est de -35 °C.»

Les images captées par les caméras de surveillance démontrent à quel point la dame de 93 ans a tout tenté pour retourner à l’intérieur de la résidence.

«À 5 h 14, elle semble manquer de force puisqu’elle s’assoit au sol, dos au mur opposé à la porte de sortie. Elle n’a pas de gants et se tient les mains. À 5 h 15, elle se couche au sol et tente de protéger ses mains. À 5 h 16, elle se rassoit.

Près de 5h plus tard, la dame montrait toujours des signes de vie.

«À 8 h 28, elle tente de se protéger du vent, son chapeau s’envole et elle a de la difficulté à le remettre. Elle alterne ses positions et elle bouge de plus en plus difficilement. À 9 h 23, elle se recouche au sol. À 10 h 11, elle bouge ses jambes.»

Vers 11 h 02, la caméra de surveillance la montre immobile, au sol.

Quelqu’un était pourtant à son poste, devant les écrans de sécurité, affirme la coroner.

Aucun moyen de communication

Me Gehane Kamel déplore le fait que «Mme Rowley Hotte Duceppe n’avait aucun moyen de communiquer avec une personne à l’intérieur de l’établissement, la porte n’étant ni dotée d’une sonnette, ni d’un interphone».

Elle souligne que lorsque la femme a ouvert la porte pour sortir à l’extérieur, une alarme de sécurité a retenti.

«Un employé des tours du Lux Gouverneur s’est rendu à la porte de secours vers 8 h 45, précise la coroner. L’alarme de la porte de secours retentissait toujours.»

L’employé a finalement obtenu l’autorisation des pompiers pour faire cesser l’alarme et réarmer la porte.

«Il n’a par ailleurs pas ouvert la porte pour faire une vérification visuelle, soutient Me Kamel dans son rapport. Mme Rowley Hotte Duceppe était derrière cette porte.»

La réaction de la résidence

La résidence Lux Gouverneur a réagi au dévoilement du rapport par voie de communiqué, assurant accueillir «favorablement les recommandations de la coroner» et ajoutant que celles-ci ont «déjà été implantées» ou «en voie de l’être».

L’organisation répète aussi que le triste événement est survenu après le déclenchement de l’alarme d’incendie et que c’est le Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal qui, en arrivant sur les lieux, prend «aussitôt le contrôle des bâtiments, incluant les portes d’évacuation ainsi que les résidents».

Des conclusions «difficiles» pour la famille

La famille de Mme Rowley Hotte Duceppe n’a pas assisté au dévoilement des conclusions de la coroner, car ce sont encore «des moments difficiles pour eux», selon leur avocat, Marc-Antoine Cloutier.

«Ce n’est pas pour rien que c’est moi qui suis là aujourd’hui, a déclaré Me Cloutier. Il y a de la colère, il y a de la peine, il y a de la frustration. Et face à la résidence, il y a de l’indignation. Ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas eu de contact entre la résidence et la famille à tout le moins pour offrir des condoléances officielles.»

D’ailleurs, la famille évalue encore la possibilité d’entamer des procédures judiciaires contre la résidence.