/news/world

Une croix géante épargnée par la Cour suprême des États-Unis

Agence France-Presse

La Cour suprême des États-Unis a autorisé jeudi le maintien d'une croix monumentale sur un terrain public, dont le sort avait rallumé la querelle sur les liens entre l'État américain et la religion.

La croix de Bladensburg, près de Washington, ne viole pas la Constitution qui interdit à l'État de favoriser une religion sur une autre, a estimé le temple du droit américain à une majorité de sept juges sur neuf.

Le gouvernement de Donald Trump, dont plusieurs membres affichent ouvertement leur foi, a immédiatement salué la décision. «C'est une victoire pour la liberté religieuse et les traditions américaines», a déclaré une porte-parole du ministère de la Justice.

Érigée en 1925 en mémoire de 49 soldats tués lors de la Première Guerre mondiale, la croix en ciment de douze mètres de haut pourra continuer à se dresser vers le ciel, surplombant un carrefour très fréquenté à la sortie de la capitale américaine.

«Même si le but initial du monument était empreint de religion, le passage du temps a relégué ce sentiment», écrit la Cour suprême dans son arrêt, en dressant un parallèle avec la cathédrale Notre-Dame de Paris.

«Bien que les Français soient très attachés à la laïcité, la cathédrale reste un symbole d'importance nationale pour les croyants et les non croyants», estime-t-elle. «Pour beaucoup, elle est intrinsèquement liée à l'idée même de Paris et de la France.»

De même, la croix de Bladensburg est devenue un lieu de recueillement pour les descendants des soldats morts et un site de commémoration pour les anciens combattants estime la Cour. Selon elle, il ne serait toutefois pas possible de construire ce type de monument à l'heure actuelle.

La croix de Bladensburg avait été attaquée en justice par l'Association humaniste américaine (AHA) qui défend une séparation stricte entre l'État et la religion. Elle lui reprochait de se situer sur un terrain public et d'être entretenue sur des fonds publics.

Le premier tribunal saisi de l'affaire avait balayé son recours, mais une cour d'appel a ordonné en décembre 2016 que la croix soit démolie, transformée ou déplacée.

«Sa forme agrandit la croix latine de manière à faire penser à tout observateur raisonnable que ceux qui l'ont commandée placent le christianisme au-dessus des autres confessions», avaient justifié ses magistrats.

La Légion américaine, une association d'anciens combattants, et les parcs nationaux du Maryland avaient alors introduit un recours devant la Cour suprême pour la sauvegarder.

La plus haute juridiction doit veiller au respect de la Constitution, dont le premier amendement garantit la liberté de religion, mais interdit toute loi «ayant pour objet l'établissement d'une religion».

S'il ne fait aucun doute que cette clause interdit à l'Etat de financer une institution religieuse par exemple, sa signification reste nébuleuse sur de nombreux points.

Cela n'a longtemps pas posé de problème en raison de l'importance de la communauté protestante et la religion a de fait pris une place importante dans la sphère publique aux États-Unis. La devise «In God we trust» (nous croyons en Dieu) sur les billets verts en atteste.

Mais, depuis quelques années, l'affirmation d'autres religions et le nombre croissant d'athées a entraîné une vague de contestation, qui a visé les prières dans les écoles publiques, la mention de Dieu dans les prestations de serment et plusieurs crèches ou monuments.

Régulièrement saisie, la Cour suprême a défini plusieurs critères pour trancher, mais sans parvenir à mettre un terme au conflit. Jeudi, elle a précisé avoir pris une décision «modeste» qui ne vise pas à apporter une solution à tous les dossiers.

Bien que «déçue», la puissante organisation de défense des libertés civiles ACLU a insisté sur sa portée «limitée». «Ce n'est pas un blanc-seing donné aux membres du gouvernement pour qu'il fasse la promotion de leurs symboles religieux préférés», a-t-elle noté.

Sur la même ligne, l'AHA a promis que son «équipe légale» continuerait à agir «pour diminuer la portée de cette décision dans les tribunaux du pays».