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Emploi précaire et dépenses élevées: un cocktail explosif

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

Impots

David GALLARD - stock.adobe.com

Tout semble être au beau fixe pour Kevin, qui touche un bon salaire comme soudeur sur un chantier dans le Nord-du-Québec. À peine diplômé, il a en effet décroché un emploi bien payé, ce qui l’a incité à beaucoup dépenser.

N’ayant jamais gagné un tel revenu, Kevin se sent pousser des ailes ! Tout d’abord, il s’achète le camion de ses rêves. Puis, il décide de quitter le nid familial et d’acquérir sa propre maison. Lorsque l’hiver arrive, pour suivre ses amis, il s’achète finalement une motoneige.

Les dépenses s’accumulent : en plus de son paiement hypothécaire mensuel de 878 $ par mois, il lui faut aussi débourser pour le prêt auto (750 $) et celui de la motoneige (200 $). Si on ajoute à cela les dépenses reliées à la vie quotidienne (factures, taxes, assurances, épicerie, etc.), on arrive à un total d’environ 3300 $.

Situation précaire

Kevin n’est pas inquiet, car son salaire lui permet de faire face, mais le vent tourne lorsque son contremaître lui indique que, faute de travail et comme il est le dernier embauché, il est contraint de le mettre à pied pendant quelques semaines. Il se fait rassurant et lui dit que dès que le volume de contrats reviendra à la normale, il sera aussitôt réintégré. Voyant cette pause comme une période de vacances, Kevin conserve le même rythme de vie.

Au bout de deux mois, il apprend malheureusement que le retour au travail risque de prendre beaucoup plus de temps que prévu.

« Ayant épuisé ses économies, il commence à utiliser ses cartes de crédit pour payer ses prêts. Elles grimpent à 14 800 $, mais il se dit qu’il n’aura aucun mal à les rembourser lorsque sa situation professionnelle se rétablira », explique Érika Cloutier, conseillère principale en redressement financier chez Raymond Chabot. Kevin part donc à la recherche d’un nouvel emploi et déniche un poste de soudeur dans un atelier, mais pour un salaire bien moindre que ce qu’il gagnait auparavant.

Résultat : il est fortement endetté et ne parvient plus à faire face aux échéances.

Trop de dépenses

Au fil des mois, Kevin multiplie les heures supplémentaires pour tenter d’augmenter ses revenus, mais, malgré tout, il ne réussit pas à joindre les deux bouts. « Il n’a plus le temps de profiter de sa motoneige et il n’a même plus les moyens de payer l’essence de son camion. Il est dans une impasse et se sent stressé. Après une discussion avec son employeur, celui-ci lui conseille de s’adresser à un syndic autorisé en insolvabilité pour trouver des solutions », mentionne Érika Cloutier.

Une analyse du dossier de Kevin lui a rapidement fait réaliser que son budget ne lui permet pas de conserver son camion et sa motoneige. L’option retenue a donc été de les remettre aux créanciers et de faire une proposition de consommateur.

Pour se libérer de l’ensemble de ses dettes, hormis son hypothèque puisqu’il souhaite conserver sa maison, il a été entendu qu’il verserait à ses créanciers 275 $ pendant 60 mois pour un total de 16 500 $.

Ce montant est établi en fonction de la valeur des biens que les créanciers auraient pu obtenir si Kevin avait fait faillite. « Il préférait toutefois exclure cette dernière solution, car il ne perd pas espoir de retrouver un jour son ancien emploi. Or, si son revenu venait à s’améliorer, cela ferait aussi augmenter les versements mensuels à effectuer en cas de faillite », indique Érika Cloutier.

Sa situation financière

Actif

Résidence unifamiliale : évaluation municipale de 210 000 $

Camion Dodge Ram 2500, année 2018 : valeur de 46 800 $

Motoneige Polaris RMK, année 2018 : valeur de 15 000 $

Dettes

Hypothèque : 207 480 $

Carte de crédit : 14 800 $

Prêt automobile : 58 000 $

Prêt motoneige : 19 500 $

TOTAL : 299 780 $ incluant la résidence principale

Revenu mensuel net

2 560 $

Dépenses mensuelles

3 653 $ (incluant hypothèque, prêts auto et motoneige, taxes, électricité, téléphone, épicerie, assurance, paiement minimum sur cartes de crédit, etc.)