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Un bal de finissants bien spécial pour Samuel

Héloïse Archambault | Journal de Montréal

Âgé de 18 ans, Samuel Boisvert se rend ce soir à son bal de finissants accompagné de Joséphine Dorion, qu’il a rencontrée durant ses traitements pour un cancer des os, à l’hôpital de Montréal pour enfants.

Chantal Poirier

Âgé de 18 ans, Samuel Boisvert se rend ce soir à son bal de finissants accompagné de Joséphine Dorion, qu’il a rencontrée durant ses traitements pour un cancer des os, à l’hôpital de Montréal pour enfants.

Un jeune homme de 18 ans en rémission d’un cancer des os se rend ce soir à son bal de finissants accompagné d’une amie atteinte d’une leucémie, qu’il a rencontrée à l’hôpital durant ses traitements.

« Je voulais inviter une fille, mais mes amies étaient toutes avec quelqu’un, relate Samuel Boisvert. Je pensais y aller seul. »

« Je lui ai dit de ne pas y aller seul ! Alors, il m’a demandé d’y aller avec lui. Et j’ai dit : OK ! », ajoute en riant Joséphine Dorion, 16 ans.

Si l’adolescence est déjà une période difficile, une épreuve imprévue s’est ajoutée pour ces deux complices. Le 3 août prochain, Samuel fêtera une première année de rémission d’un violent cancer des os.

En janvier 2018, le jeune homme s’est fait remplacer la hanche, le fémur et le genou droit par du métal.

Grugé par ce cancer sans pitié, le garçon aurait pu perdre sa jambe.

« Ça scrappe la vie », dit sans détour le jeune homme de Salaberry-de-Valleyfield qui se déplace avec une canne.

Neuf mois de chimio

Bien que les neuf longs mois de chimiothérapie aient été éprouvants, il en garde aujourd’hui un souvenir heureux : la rencontre de Joséphine.

Le 25 juillet 2018, les adolescents se sont croisés dans un salon de jeux de l’hôpital de Montréal pour enfants.

Ce jour-là, Joséphine n’était « pas de bonne humeur ».

En attente d’une opération retardée d’heure en heure, elle devait être à jeun. Et elle avait faim.

« Je l’ai vu, et j’ai commencé la discussion, se rappelle la jeune fille de Rivière-Beaudette, en Montérégie, qui suit encore des traitements de chimiothérapie. Il m’a tenu compagnie toute la journée, jusqu’à ce que je sois appelée. »

Un an plus tard, les deux amis ont gardé le contact sur les réseaux sociaux, et se voient à l’occasion.

« Des fois, je lui écris que j’ai mal au ventre ou au cœur, et il comprend que c’est à cause de la chimio. Je me confie quand je ne me sens pas bien », dit l’adolescente.

S’il y a du positif dans la maladie, Samuel a aussi réalisé qu’il était bien entouré. Autiste, il avait une personnalité introvertie et « pensait que personne ne l’aimait », confie sa mère, Mélanie Boisvert.

« Ça a permis de faire un arrêt sur notre vie en tourbillon, et ça lui a fait réaliser qu’il y a bien du monde qui l’aime », dit-elle, fière de son fils.

Pas des amoureux

Bien que la maladie ait retardé son parcours scolaire, Samuel célébrera ce soir la fin de ses études secondaires.

Plus tard, il souhaite travailler en mécanique ou « avec des robots ».

De son côté, Joséphine est attirée par le milieu artistique.

Et quant à la grande question : êtes-vous des amis ou des amoureux ?

« Clairement des amis ! », assure Joséphine en riant.

« Ça ne me dérangerait pas d’être les deux, mais elle ne veut pas », ajoute Samuel, un peu gêné.

« J’avais recommencé à faire du théâtre. Les médecins m’ont dit qu’il fallait que j’arrête tout. Tu ne peux plus sortir, aller dans les magasins. Les docteurs nous disent de ne pas arrêter notre vie, mais c’est comme impossible. »

« Il y a beaucoup de gens dans ma famille qui sont morts du cancer, donc j’ai eu peur. Mais je dois rester très positive. »

Joséphine Dorion, 16 ans, atteinte d’une leucémie

« Je le prenais vraiment mal, parce que ça change une vie. [...] On a tendance à vouloir faire plein d’activités quand on est jeunes. »

« J’en profite plus. J’ai tendance à dire : on n’a qu’une vie, profitez-en. J’aurais pu mourir à cause du cancer. »

Samuel Boisvert, 18 ans, en rémission d’un cancer des os