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État islamique: le Canada sommé de rapatrier les femmes et les enfants des combattants canadiens

Étienne Paré

 - Agence QMI

L’Organisation des Nations unies a demandé lundi aux pays occidentaux de rapatrier les épouses et les enfants de leurs ressortissants partis combattre aux côtés de l’État islamique en Syrie et en Irak. Difficile de savoir si certains proches de djihadistes sont déjà rentrés au Canada, mais Ottawa se prépare activement à leur retour.

«Il ne faut pas faire peur aux gens en disant que ce sera une vague. On parle d’un très petit nombre de personnes», a tenu à dédramatiser Ghayda Hassan, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui travaille depuis plus d’un an à la conception d’un plan d’accueil pour lequel la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et la Direction de la protection de la jeunesse ont également été mobilisées.

Pas la même chose que les hommes

La procédure prévue pour recevoir les femmes et les enfants du djihad, présentement détenus dans des conditions difficiles par les autorités kurdes, n’est pas la même que celle qui est mise en œuvre pour les combattants canadiens masculins.

«Ce sont trois réalités différentes. Évidemment, on a le devoir de faire revenir les enfants, qui se sont retrouvés malgré eux dans cette histoire. Pour les femmes, quelques-unes ont combattu et vont devoir répondre de leurs actes, mais beaucoup ont aussi été embrigadées sans savoir dans quoi elles s’embarquaient», a défendu Ghayda Hassan, qui est convaincue que la réinsertion dans la société de ces femmes et de ces enfants est possible.

«Le Canada a déjà les ressources pour que la réinsertion fonctionne. Ce n’est pas la première fois qu’on accueille des gens qui ont fait la guerre avec tous les traumatismes que ça provoque. On a juste à penser aux réfugiés qu’on a reçus après la guerre du Kosovo», a-t-elle rassuré.

Un danger pour la sécurité?

Même s’il s’est déjà doté d’un plan, le Canada est beaucoup moins proactif que d’autres pays, comme la France et la Russie, pour honorer les conventions internationales en rapatriant ses ressortissants au Moyen-Orient, quitte à les juger lors de leur retour au bercail. C’est en tout cas le constat que fait David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent.

«Il ne faut pas être naïf. C’est un enjeu de sécurité: pour les hommes qui veulent revenir bien sûr, mais aussi pour les femmes et les enfants. Il y a des femmes et des adolescents qui ont été radicalisés et qui ont combattu comme les hommes», a-t-il reconnu.

David Morin reste toutefois d’avis, lui aussi, qu’ils devront être rapatriés au Canada. Il a confiance que la GRC pourra récolter assez de preuves pour accuser et incarcérer les femmes qui poseront une menace à la sécurité. Il est également convaincu que les mineurs radicalisés seront pris en charge par les autorités.

«Les Kurdes ont déjà indiqué qu’ils n’ont pas les moyens de garder tous les combattants occidentaux et leurs proches. Si on les laisse là-bas, ils finiront probablement par être libérés et seront encore une menace pour le Canada», a-t-il raisonné.