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Oui, il y a une crise du logement

Vincent Larin | Journal de Montréal

Le manque de logements à Montréal atteint des sommets jamais vus depuis les années 2000, au point où locataires et propriétaires pressent la Ville de mettre en place des mesures pour éviter à des familles de se retrouver à la rue le 1er juillet.

Ce sont 230 ménages à l’échelle de la province, dont 102 à Montréal, qui n’ont toujours pas signé de bail pour le 1er juillet, soit un sommet en plus de 10 ans, indique le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

« Et c’est la pointe de l’iceberg », dit la porte-parole, Véronique Laflamme, qui déplore que la Ville ne prenne pas de mesures particulières pour leur venir en aide, vu la situation particulièrement critique cette année.

 

« Je n’ai aucune hésitation à parler de crise pour qualifier la situation actuelle », affirme Philippe Hurteau, de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), qui publie aujourd’hui une étude qui expose deux crises, soit celle de l’augmentation des prix des loyers et celle du resserrement drastique du taux d’inoccupation partout dans la province.

La tempête parfaite

Cela est dû en bonne partie au taux d’inoccupation des logements, qui n’a pas été aussi bas depuis la crise du logement qu’a connue Montréal au début des années 2000. Il se situe présentement à 1,9 %, selon les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

Dans certains quartiers, il est même impossible de trouver un seul appartement de grande taille pour loger les familles, souligne Mme Laflamme.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène selon le porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, Hans Brouillette, dont une forte création d’emplois ces dernières années amenant les gens en ville, des prix élevés qui retardent l’accès à la propriété, la hausse de l’immigration et la tendance grandissante à vouloir vivre seul.

« On n’est pas au niveau des années 2000 [...], mais on se dirige vers ça », s’inquiète Philippe Hurteau.

Mesures d’urgence

La situation est particulièrement critique pour certaines familles à faible revenu, au point où certains de leurs membres n’ont pas de chambre à eux et se retrouvent à dormir dans le salon.

« C’est une situation qu’on suit de très très près. [...] On n’est pas dans une crise, je tiens à le dire, mais c’est une situation qui est préoccupante et qu’on suit de près », a déclaré la mairesse Valérie Plante sur les ondes de LCN, hier. Un porte-parole de la Ville de Montréal, Philippe Sabourin, a assuré que l’Office municipal d’habitation de Montréal faisait tout en son pouvoir pour que tout un chacun ait un logis au 1er juillet.

À Québec, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a annoncé en fin de journée des mesures d’urgence pour venir en aide aux familles qui n’ont toujours pas trouvé de logement pour le 1er juillet.

Ils ont très peur de se retrouver à la rue

Une mère de famille qui réside dans un 5 1/2 avec ses deux grands enfants et son petit-fils se dit terrifiée à l’idée de ne pas avoir de logement à l’approche du 1er juillet.

« J’ai été partout où il y avait des logements pour mon budget. Montréal-Nord, LaSalle, Saint-Laurent, mais personne n’a voulu nous faire signer de bail », désespère Karry Whelan, qui réside dans le quartier de Ville-Émard.

Elle a dû se résigner à changer de logement après avoir découvert qu’il était infesté de souris, mais aussi parce qu’une voisine s’est plainte des pleurs du garçon de six mois de sa fille.

« C’est terrifiant de penser qu’on pourrait se retrouver à la rue », lance-t-elle.

« J’ai visité au moins cinq loyers, mais nous avons toujours eu des réponses négatives. Les propriétaires ne veulent pas louer à une famille avec de jeunes enfants », déplore-t-elle.

Rien de surprenant, à en croire le FRAPRU, qui a déjà documenté les difficultés qu’éprouvent les familles avec de jeunes enfants à se loger.

Camper dans le salon

Mme Whelan se dit pourtant prête à habiter dans un 4 1/2, ce qui voudrait dire que deux adultes dormiraient dans la même chambre, ou encore que l’un d’eux camperait dans le salon.

Et gare aux arnaques ! Pendant ses recherches, Mme Whelan dit avoir approché un propriétaire qui habitait Toronto et qui acceptait de lui louer un logement à condition qu’elle paie d’avance une garantie de 400 $. Par chance, elle a vite compris qu’il s’agissait d’un piège.

Et le cas de Karry Whelan est loin d’être unique.

Pire à Gatineau

À Gatineau, une mère de famille monoparentale de quatre enfants est hébergée par un organisme depuis plus d’un an faute de trouver un logement.

« J’ai dû visiter une quarantaine de loyers depuis un an et je n’ai eu que des refus », explique Manon Marcil.

Selon elle, il n’est pas rare que les propriétaires fassent visiter des appartements à plusieurs personnes en même temps et annulent des rendez-vous, car leurs logements ont déjà trouvé preneur.

« Tout part tellement vite », soupire Mme Marcil.