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Ce chemin est un véritable cauchemar

Simon Dessureault | Journal de Montréal

Denise Dubois montre les nombreux bris, trous et nids-de-poule en face de chez elle, sur le chemin Saint-Henri à Mascouche.

collaboration spéciale, Simon Dessureault

Denise Dubois montre les nombreux bris, trous et nids-de-poule en face de chez elle, sur le chemin Saint-Henri à Mascouche.

Crevaisons, automobiles coincées dans des nids-de-poule, vibrations qui font trembler des maisons, accidents divers. Les problèmes causés par l’état d’une route dans Lanaudière durent depuis trop longtemps, selon des résidents du secteur qui en ont plus qu’assez.

Le chemin Saint-Henri à Mascouche est criblé de trous, de craques et de dénivelés, ce qui exaspère plusieurs habitants de la région. Il a d’ailleurs fait partie des 10 pires routes de la province du palmarès de CAA-Québec deux années consécutives, en 2018 et 2019.

« Les autos sautent souvent quand elles passent ici et les maisons de notre rue tremblent. Mon foyer s’est déjà brisé à cause de ça, il y a 6-7 ans », avance Denise Dubois. Celle qui demeure sur le chemin Saint-Henri depuis 38 ans soutient que la route n’a jamais été réparée.

« Des automobilistes sont souvent venus se stationner chez moi parce qu’ils venaient d’être victimes d’une crevaison », raconte Mme Dubois, qui a d’ailleurs déjà collectionné les enjoliveurs trouvés sur la chaussée.

Interventions constantes

Les résidents du chemin Saint-Henri semblent également bien connaître les employés municipaux qui viennent souvent patcher les trous.

« On connaît leurs noms tellement ils passent souvent, on se dit “à la semaine prochaine” lorsqu’on se voit », relate mi-figue mi-raisin Tommy L’Anglais, un autre citoyen.

« J’ai dû changer ma suspension trois fois, je me souviens d’une auto qui avait foncé dans une clôture pour éviter un nid-de-poule et d’une voiture de police prise dans un nid-de-poule au printemps », poursuit-il.

Une autre résidente a également confié avoir ramassé et gardé une brouette qui était tombée d’une remorque.

Le colmatage, les fissures, les nids-de-poule et les morceaux d’asphalte éparpillés sur 6 kilomètres ont d’ailleurs obligé le représentant du Journal à faire du slalom avec son véhicule lorsqu’il est allé sillonner cette route au début juin.

Pas de travaux

Le chemin appartient à la Ville de Mascouche depuis 1993, quand le ministère des Transports du Québec (MTQ) lui a transféré la responsabilité de l’entretien dans le cadre de la réforme Ryan.

Le MTQ ne peut confirmer avoir fait quelconques réfections majeures au cours des années.

« Il n’y a pas de données de travaux routiers sur ce chemin dans nos bases de données. On est pourtant remonté loin dans notre recherche », a avoué Sophie Paquet, conseillère en communication au ministère.

La Ville a confirmé qu’aucuns travaux importants n’avaient été réalisés depuis 1995.

Mascouche prévoit cependant des améliorations à cette route d’ici 2021. La Ville de près de 50 000 habitants injectera 3 millions $ sur deux ans.

« Je comprends les citoyens de ce chemin qui a grandement besoin d’amour, on va le refaire », a affirmé Guillaume Tremblay, le maire de Mascouche.

Le Journal n’a pu avoir une entrevue avec des fonctionnaires qui interviennent sur cette chaussée.

Beau d’un bord, mais pas de l’autre

Ici, on voit la différence de l’état de la route si on se situe à Mascouche ou à L’Épiphanie.

L’état du chemin Saint-Henri qui traverse quelques villes de Lanaudière, tout en changeant deux fois de noms, est complètement différent d’une municipalité à l’autre.

De lamentable à Mascouche, il passe à remarquable à L’Épiphanie, où il porte les noms de rang du Grand-Coteau puis de rang de l’Achigan Sud.

Il a été refait à neuf en 2012 parce que L’Épiphanie reçoit une compensation financière de la minière Maskimo, située sur cette route.

La Ville perçoit donc une redevance sur des tonnes métriques sortant des carrières et des sablières par les nombreux poids lourds qui circulent sur son territoire. Elle utilise ainsi l’argent pour réparer ses routes, ce qui rend sa voisine jalouse.

« On n’a pas la même chance que L’Épiphanie. Mais les désavantages [causés par les camions] sur cette route reviennent tous à Mascouche », se désole le maire Guillaume Tremblay.

Des camions

Selon lui, ce sont ces gros véhicules qui transitent par le chemin Saint-Henri à Mascouche vers la minière qui brisent la chaussée.

D’après Denis Lévesque, qui a été maire du secteur de la paroisse de L’Épiphanie de 2009 à 2018, la minière Maskimo dressait un compte rendu du tonnage qui passait par le chemin Saint-Henri.

L’Épiphanie calculait alors ce qu’elle avait facturé à Maskimo et elle divisait ce montant par le pourcentage du territoire situé à Mascouche.

Mais L’Épiphanie aurait cessé de payer sa redevance à Mascouche, il y a quelques années, depuis que celle-ci a interdit à tout véhicule lourd de circuler sur ce rang, ce qui ne serait pas respecté.

« Les camions de Maskimo ont le droit de passer par là, car le ministère l’autorise », affirme le maire de Mascouche, même si la pancarte d’interdiction aux poids lourds est visible sur le chemin.