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Un Asperger qui veut aider ses semblables

Magalie Lapointe | Journal de Montréal

Chantal Poirier

Un homme atteint du syndrome d’Asperger, victime ­d’intimidation à l’école, veut aujourd’hui terminer ses études afin de venir en aide aux jeunes qui souffrent autant que lui.

En entrevue au Journal, Jean-Michel Brochu révèle qu’il rêve de prêter main-forte aux enfants autistes. « Je les comprends, indique-t-il. Je pense que je pourrais les aider à devenir de grandes personnes. »

Âgé de 20 ans, Jean-Michel est Asperger, un syndrome qui fait partie du trouble du spectre de l’autisme (TSA). Rencontré au domicile familial à Repentigny, il ne regarde pas les autres dans les yeux, ne comprend pas les questions trop longues, décode mal le non-verbal et est souvent rejeté. Toutefois, comme plusieurs millénariaux, il a des rêves plein la tête.

Quand il observe la liste des ­personnalités autistes qui ont réalisé de grandes choses, Jean-Michel s’enthousiasme. Parmi celles qui sont soupçonnées d’être ou sont ­Aspergers ou autistes, on signale rien de moins que Bill Gates (créateur de Microsoft), Mark Zuckerberg (cofondateur de Facebook) et Albert Einstein.

« On veut nous exclure de la société, mais plusieurs inventions ont été réalisées par des autistes », souligne Jean-Michel.

Parcours difficile

Durant tout son primaire, Jean-Michel Brochu a fréquenté des classes ordinaires. Il était toujours accompagné d’un éducateur. Et pendant ces sept années, il n’a jamais eu d’amis. Sauf un.

« J’étais toujours le gars bizarre dans le groupe que personne n’aimait vraiment, confie-t-il candidement. J’avais un ami autiste­­­. Lui aussi était bizarre, alors ça marchait­­­ bien. »

C’est à partir de l’âge de 7 ans que Jean-Michel­­­ a compris que son parcours scolaire serait semé d’embûches.

Après avoir vécu une belle première année avec une enseignante aimante, il a senti que sa différence dérangeait quand il est ­arrivé en deuxième année. Il était toujours le dernier choisi par ses pairs, et quand venait le temps de faire des jeux de groupe, il était toujours exclu.

La direction de l’école et son enseignante auraient voulu le transférer dans une classe spécialisée. Mais ses parents et son médecin s’y sont fermement opposés. Selon eux, le garçon avait toutes les capacités cognitives pour poursuivre dans une classe ordinaire, tant qu’il était accompagné.

Patate chaude

En raison du stress qu’il vivait à l’école, Jean-Michel Brochu a développé un trouble obsessionnel compulsif (TOC), des tics (comme lever les bras dans les airs et ­dessiner des petits ronds avec un crayon) et des problèmes d’estomac. Son estime de soi a également chuté radicalement.

Souffrant aussi de diabète, Jean-Michel Brochu voyait son taux de glycémie monter en flèche aussitôt qu’un épisode stressant survenait.

« Il faut toujours tout recommencer avec les enseignants, déclare-t-il. L’intégration n’est pas facile. Je changeais de classe, de professeur, d’élèves... C’était toujours à recommencer. J’étais le seul à être autiste (avec son ami). L’école avait une patate chaude entre les mains, et c’était moi. »

Malgré le rejet qu’il vivait, les nombreux rendez-vous chez les spécialistes et ses difficultés à travailler en groupe, Jean-Michel a réussi son primaire.

École à la maison

Après sa cinquième année, Jean-Michel Brochu était devenu irritable, stressé et ­angoissé. Chaque matin était un combat.

« Les gens qui contrôlent le système (scolaire) ne comprennent pas nos besoins, explique-t-il. Ils les ont lus quelque part et ils rapportent ce qu’ils comprennent. »

Voyant son fils malheureux, la mère de Jean-Michel, Linda Lemelin, a pris la décision d’arrêter de travailler. Elle ne voyait pas comment son garçon réussirait passer au travers du secondaire. Elle a commencé à lui faire l’école à la maison.

Jean-Michel Brochu n’a pas appris à compter en faisant des problèmes mathématiques écrits. Il manipulait de vrais billets de banque.

« Je lui ai dit : “Si tu veux un beigne, tu dois y aller”, relate Mme Lemelin. J’ai commencé

à lui apprendre comment compter son argent, pour ne pas qu’il se fasse avoir. Et aujourd’hui, il a sa carte de crédit et il gère son argent. »

C’est avec l’aide d’exercices concrets que Mme Lemelin a permis à son fils d’atteindre ses 3e, 4e et 5e secondaire, selon les matières.

Le jeune homme a réussi avec succès son examen final d’anglais de 5e secondaire. Il lui reste à passer ses examens finaux de français et mathématiques de 4e et 5e secondaire avant de penser s’inscrire au Cégep.

Études supérieures

Jean-Michel Brochu croit que c’est une question de temps avant qu’il termine son ­secondaire. L’adolescence était chose du ­passé, il aborde l’avenir avec optimisme.

« Aujourd’hui, je m’exprime beaucoup mieux. Il y a deux ans, je parlais moins. Je suis comme les autres, mais... je suis ­différent. »

Jean-Michel a appris à avancer grâce à ses différences. À ne pas s’en faire avec le regard des autres et surtout, il sait que tout part de lui et qu’il est responsable de ses réussites.

Il continue toutefois à souffrir d’anxiété sociale. Il est sur la liste d’attente pour entamer une thérapie avec un psychologue depuis près de deux ans. Dès que ce trouble sera mieux contrôlé, il a bon espoir de pouvoir aller de l’avant.

Cette attente ne fait que retarder son cursus scolaire.

Son rêve ultime est de donner des conférences sur son vécu et les différentes solutions qu’il a trouvées pour mieux vivre dans une société composée de personnes neurotypiques, c’est-à-dire qui n’ont aucun TSA. Il aimerait inciter les autistes à croire en eux, leur dire que rien n’est impossible et qu’ils ont les capacités nécessaires pour atteindre leurs objectifs.

Il ne veut pas que des autistes comme lui tombent en dépression ou s’écrasent devant les personnes neurotypiques qui pourraient mettre leur potentiel en doute.

Il ne sait pas encore quelle profession il souhaite exercer, mais il précise que rien ne l’arrêtera.