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Il se suicide faute d’aide médicale à mourir

Jonathan Tremblay

 - Journal de Montreal

Adjani Campeau-Tremblay (sa fille Laurali), Christine Tremblay et Catherine Campeau-Tremblay souhaitent que l’aide médicale à mourir soit plus accessible. Leur père et mari, Jacques Campeau, s’est enlevé la vie à cause de la sclérose en plaques.

Photo: Jonathan Tremblay

Adjani Campeau-Tremblay (sa fille Laurali), Christine Tremblay et Catherine Campeau-Tremblay souhaitent que l’aide médicale à mourir soit plus accessible. Leur père et mari, Jacques Campeau, s’est enlevé la vie à cause de la sclérose en plaques.

Les proches d’un homme de Laval qui s’est enlevé la vie, car il n’était pas admissible à recevoir l’aide médicale à mourir, lancent un cri du cœur pour que les critères d’admissibilité soient assouplis.

«On a toujours su que ce moment arriverait, souffle Catherine Campeau-Tremblay, 24 ans. On aurait pu avoir une belle dernière soirée avec notre père. Mais là, on n’a pas pu lui dire adieu et merci.»

À 55 ans, Jacques Campeau n’en pouvait plus de souffrir. Il vivait depuis une quinzaine d’années avec la sclérose en plaques. Il perdait en motricité, portait une couche et se déplaçait en fauteuil roulant.

Le père de famille répétait avec froideur à sa famille qu’il n’était plus qu’un tube digestif. Il n’avait pas vu la lumière du jour depuis novembre.

Le mois dernier, il a tenté à deux reprises de mettre fin à son long combat. La deuxième fois a été la bonne, après quatre jours passés dans le coma. C’était le 11 juin.

«Ses derniers moments ont tellement dû être difficiles», soutient son autre fille, Adjani Campeau-Tremblay, 29 ans, en larmes.

«Il en parlait depuis un an, raconte sa femme, Christine Tremblay, qui profite désormais de son rôle de grand-mère, le souhait de son défunt mari. La dernière semaine n’a pas été rose. Il créait une distance. Je revenais tous les soirs à la maison avec cette crainte [qu’il passe à l’acte].»

«C’est ça que papa voulait», ajoute-t-elle à ses filles, sereine.

Plusieurs refus

M. Campeau s’était renseigné sur l’aide médicale à mourir et suivait avec espoir l’évolution du dossier. Il avait essuyé plusieurs refus, attendant en vain de répondre aux critères, selon ses filles.

Pour cette raison, l’une d’elles a récemment publié le pénible récit de son père sur les réseaux sociaux. Elle invite les gens à signer une pétition afin que les critères soient débattus à l’Assemblée nationale. Cette publication a été partagée plusieurs milliers de fois déjà.

Manque de compassion

«Tout ce qu’on veut, c’est que personne n’ait à se suicider pour mourir dans la dignité», laisse tomber la cadette, émue.

«C’est pour ça qu’on se bat», se désole le Dr Georges L’Espérance, président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité. «Ça arrive malheureusement aux gens avec des maladies dégénératives sans traitement, mais inadmissibles, car leur mort n’est pas imminente.»

Or, la mort «raisonnablement prévisible» n’est pas chiffrée. Il en va donc du jugement des médecins, dit le Collège des médecins du Québec.

Selon l’estimation du Dr L’Espérance, on parle d’un consensus d’environ 18 mois, qu’il considère comme «un manque de compassion de la part du gouvernement».

Pour obtenir l’aide médicale à mourir, il faut

- Avoir l’assurance maladie

- Être majeur

- Être apte à consentir aux soins

- Être en fin de vie

- Être atteint d’une maladie grave et incurable

- Avoir un déclin avancé et irréversible de ses capacités

- Éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions jugées tolérables

*Depuis 2015, les Québécois peuvent aussi écrire leurs volontés en cas d’inaptitude à consentir à des soins dans des situations précises, en remplissant un formulaire accessible sur le site de la Régie de l’assurance maladie.

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