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Lueur d’espoir dans le traitement des migraines

Daphnée Hacker-B. | Agence QMI

Une nouvelle injection testée par près de 5000 Canadiens depuis six mois pourrait révolutionner le traitement contre la migraine. Environ 50 % des patients qui ont essayé le traitement prometteur ont vu leur nombre de crises chuter.

C’est la première fois qu’un médicament s’attaque directement à la cause du déclenchement des migraines, explique le neurologue au CHUM Luc Marchand. «En essais cliniques, les injections ont permis de réduire la fréquence et la douleur des crises migraineuses», dit-il.

Ce traitement fait partie d’une nouvelle classe de médicaments : des anticorps monoclonaux, qui sont en fait des molécules développées grâce à la bio-ingénierie. «C’est une nouvelle façon très prometteuse de traiter certaines maladies», constate Dr Marchand.

Dans le cas de la migraine, les anticorps sont conçus pour neutraliser une protéine appelée CGRP, qui joue un rôle important dans les crises migraineuses.

Le médicament, nommé Aimovig, a été approuvé à la fin de 2018 par Santé Canada, ce qui en fait le premier traitement du genre disponible au pays. Deux autres traitements de la même famille, Emgality et Ajovy, devraient être offerts d’ici la fin de l’année.

Effets secondaires

Ce qui est particulièrement novateur avec les traitements basés sur les anticorps, c’est que les effets secondaires sont assez limités et tolérables, indique la neurologue Elizabeth Leroux, fondatrice de Migraine Québec.

Dans certains cas, il y a de la constipation, des sensations d’agitation ou de la fatigue, mais pour un grand nombre, aucun effet secondaire n’est ressenti. En comparaison, d’autres médicaments utilisés pour traiter la migraine (antidépresseurs, antihypertenseurs, antiépileptiques) sont généralement accompagnés d’effets secondaires majeurs, dont une prise de poids, des pertes de mémoire ou de la somnolence.

Résultats importants

Depuis qu’il est disponible sur le marché, Aimovig ne fonctionne pas pour tous ceux qui l’essaient, mais les résultats demeurent notables:

- 50 % des gens voient le nombre de crises diminuer de 50 %;

- 20 % des gens voient le nombre de crises diminuer de 75 %.

Le médicament n’étant pas encore couvert par la RAMQ, les personnes souhaitant l’essayer doivent être inscrites par leur médecin à un programme spécial de la pharmaceutique Novartis. Le produit est alors livré gratuitement à la maison et il doit être auto-injecté une fois par mois.

Yves Castonguay fait partie des premiers Canadiens à avoir testé Aimovig dès le mois de janvier. Ce père de famille souffre de migraines sévères depuis la fin de l’adolescence. Au cours des dernières années, il faisait une moyenne de 15 crises migraineuses par mois. Depuis l’injection, il a vu sa moyenne chuter en-deçà de huit crises mensuelles. «Je trouve ça exceptionnel», dit-il.

Migraineuse chronique depuis 6 ans, Marie-France Lemire faisait plus de 20 jours de migraines par mois. Elle a vu ce nombre diminuer de moitié avec les injections. «J’ai aussi remarqué que mes migraines étaient extrêmement moins douloureuses», dit-elle.

Pas un remède miracle

Le traitement novateur à base d’anticorps monoclonaux n’est malheureusement pas une solution miracle pour les migraineux chroniques.

Louise Houle est migraineuse sévère et souffre de crises tous les jours. Elle est réfractaire à presque tous les traitements contre la migraine, à l’exception du botox (voir encadré XXX sur son histoire). Elle a essayé plus de 25 traitements médicamenteux différents et rien n’a fonctionné pour elle. «Je suis déçue qu’Aimovig ne marche pas pour moi, mais en même temps j’ai appris avec les années à composer avec la douleur», dit-elle.

En effet, adapter son mode de vie à sa maladie demeure une façon importante de traiter la migraine, rappelle le psychologue Frédérick Dionne. Dans son livre «Libérez-vous de la douleur», le professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières propose diverses façons de gérer la maladie sans se fier uniquement aux médicaments, notamment en essayant la méditation pleine conscience.

La migraine, c’est bien plus qu’un mal de tête

La migraine est une maladie neurologique qui implique les nerfs du cerveau et qui se caractérise par des maux de tête intenses et récurrents, qui peuvent durer de quatre heures à plusieurs jours.

Les migraines vont souvent causer de l’hypersensibilité au bruit et au son, et dans certains cas provoquer des nausées, des étourdissements, des troubles visuels et/ou des paralysies temporaires.

Les causes de la migraine ne sont pas encore précisément connues, mais les chercheurs y voient une combinaison de facteurs génétiques et extérieurs.

En chiffres

- 15%: La migraine touche en moyenne 15% de la population mondiale, ce qui en fait une des maladies les plus répandues et invalidantes au monde. Source: OMS

- 8: Un Québécois sur 8 souffre de migraines et on compte 3 femmes atteintes pour un homme, potentiellement à cause des hormones.

- 6000 $: C’est le coût annuel d’Aimovig.

- 25 : Aimovig est disponible dans 25 pays, dont le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis.

Histoires de migraineux

Dans la population, on compte entre 1 à 2 % de personnes souffrant de migraines chroniques. Même s’il s’agit de la même maladie, chaque individu rencontre des obstacles uniques.

1 - Marie-France: combattre la dépression

Depuis l’âge de neuf ans, Marie-France Lemire souffre de migraines. Avec les années, elle est devenue migraineuse chronique. À 30 ans, alors qu’elle était enseignante à la maternelle, ses migraines sont devenues envahissantes : elle en avait tous les jours. Elle devait attendre jusqu’au soir pour traiter la douleur, car les médicaments la rendent somnolente. «Ce n’était pas une vie», confie celle qui est tombée en dépression majeure et a dû stopper le travail. À 36 ans, la résidente d’Otterburn Park se reconstruit peu à peu, mais elle est toujours invalide.

2 - Yves Castonguay: le sevrage de médicaments

Certains migraineux prennent tellement de médicaments (appelés triptans) pour traiter les crises que leur corps développe une forme d’accoutumance. Yves Castonguay est tombé dans ce cercle vicieux: plus il faisait de migraines, plus il prenait de pilules. Le père de famille a fini par faire des crises migraineuses tous les jours, les médicaments ne faisant presque plus aucun effet. Pour mettre fin à cette situation, il a tenté plusieurs sevrages de médicaments, sur des périodes de quelques mois où il a été en arrêt de travail. Le dernier sevrage a marché: l’homme de 53 ans a vu son nombre de migraines diminuer progressivement, tout comme sa dépendance à la médication. Il a pu reprendre le travail.

3 – Louise Houle: la béquille du botox

Depuis 2002, Louise Houle a mal à la tête en tout temps. En 2010, elle a dû arrêter de travailler, elle faisait des crises migraineuses tous les jours. C’est encore le cas aujourd’hui. Pour diminuer la longueur des crises et rendre sa peau moins «hypersensible», la femme de 52 ans reçoit des injections de Botox tous les trois mois. «Ça m’aide, un peu comme une béquille», relate-t-elle. Depuis 2011, Santé Canada a approuvé l’utilisation du Botox pour le traitement de la migraine chronique.

Le traitement testé par notre collaboratrice

Souffrant de migraines depuis près de 20 ans, notre collaboratrice, Daphnée Hacker-B., a testé le nouveau traitement en prenant soin de noter quotidiennement le nombre et la gravité de ses crises. Tandis qu’elle faisait près de 15 migraines par mois l’an dernier, l’injection a permis de diminuer ce nombre de moitié.

Dans le passé, elle a déjà essayé des traitements dits «préventifs», comme le propranolol, et l’amitriptyline, mais sans succès.

Si ses crises s’étaient poursuivies au même rythme, elle risquait de devenir migraineuse chronique, ce qui signifie un risque accru d’être éventuellement invalide.

«Il y a des gens qui vivent 60 ans avec la migraine. Ça fait beaucoup de jours de travail perdus, beaucoup d’impact tout le long de la vie, souligne la neurologue Elizabeth Leroux. Chez les moins de 50 ans, [la migraine] c’est la maladie qui est associée avec le plus d’années vécues avec un impact fonctionnel.»

Mais l’injection a eu l’effet d’une lumière au bout du tunnel pour notre collaboratrice âgée de 33 ans, inscrite à un programme de soutien aux patients. Sans effets secondaires pour elle, Daphnée Hacker-B. a vu la fréquence de ses crises a diminué de moitié et surtout, elle ressent désormais beaucoup moins de douleur.

Durant les premiers mois d’essai, elle a tout de même dû continuer à prendre plusieurs autres médicaments pour combattre ses crises qui persistaient. Toutefois, les résultats sont devenus encourageants à partir du troisième mois de test (voir tableau).

Évolution de ses crises depuis le début du traitement:

- Avant injection: Décembre 16 crises, janvier 19;

- Début du traitement : Février (première injection) 11 crises, mars 9 crises, avril 7, mai 6, juin 8.

Voyez le reportage vidéo sur le parcours de notre collaboratrice: jdem.com/migraine