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Un géant américain de l’orthodontie débarque au Québec

Geneviève Paradis | TVANouvelles.ca

Après la venue d’Amazon et d’Uber, un autre géant américain s’intéresse au marché québécois: SmileDirectClub.

L’entreprise spécialisée en orthodontie dit vouloir révolutionner l’industrie en offrant un service de redressement de dents à moindre coût, avec assistance d’un dentiste à distance.

L'entreprise, qui a plus de 300 «Smile Shop» (des boutiques) aux États-Unis et au Canada anglais, a ouvert trois bureaux dans la province en mai dernier à Laval, Montréal et Québec.

SmileDirectClub promet des dents bien droites pour 2500 $.

Selon les informations de TVANouvelles.ca, la demande est si forte que l'entreprise doit constamment embaucher de nouveaux employés.

Certains viennent même de l’Ontario pour soutenir les équipes au Québec.

Marketing agressif sur Facebook, Instagram, affichages dans le métro, envoi de courriels, programme de référence généreux: SmileDirectClub a mis toute la gomme pour attirer une jeune clientèle.

TVANouvelles.ca fait le test

C’est d’ailleurs en effectuant une simple recherche sur Google en cherchant un traitement d'orthodontie que des publicités du SmileDirectClub sont apparues, nombreuses, deux jours plus tard dans notre fil Facebook.

L'entreprise précise que les numérisations, les «scans», sont vérifiées par des dentistes au Québec.

Cette allégation est toutefois remise en question par l’orthodontiste reconnue Florence Morisson, qui pratique sur la Rive-Sud de Montréal.

Selon elle, une numérisation de la bouche ne peut être effectuée que par un dentiste et/ou un orthodontiste, pas par un étudiant ou un vendeur.

Elle ajoute que les dentistes québécois n’ont pas le droit de poser un diagnostic sans avoir rencontré le patient, et avoir fait un examen, avant d’offrir un plan de traitement dans les règles de l’art.

«Si des orthodontistes le font, ils contreviennent à leur code de déontologie», soutient celle qui a également déjà été présidente de l’Association des orthodontistes du Québec.

Questionné par TVANouvelles.ca, SmileDirectClub affirme agir en tout respect des lois actuelles.

«Nous connaissons bien les réglementations applicables au Québec et aucune disposition n'exige, expressément ou autrement, qu'un dentiste rencontre personnellement un patient avant de prescrire un plan de traitement de cette nature. Au contraire, la plate-forme SmileDirectClub fournit toutes les interactions nécessaires entre le dentiste et le patient pour être pleinement conforme au Québec. De plus, SmileDirectClub a veillé à ce que tous les actes que doivent effectuer les dentistes en vertu de la réglementation québécoise soient accomplis par des dentistes ou des orthodontistes agréés au Québec.»

Toutefois, même l’Ordre des dentistes précise que les dentistes ou les orthodontistes québécois doivent rencontrer un patient avant de poser un diagnostic et prescrire un plan de traitement, même cosmétique.

«Le problème, surtout, c’est qu’avant de faire des traitements d’orthodontie, pour des raisons esthétiques ou pour des raisons fonctionnelles, il faut faire un diagnostic et donc rencontrer le patient», explique le Dr Barry Dolman, président de l’Ordre.

Une bonne technologie

Le Dr Dolman ajoute toutefois que la technologie des aligneurs translucides a déjà fait ses preuves, et ce, depuis plus de 22 ans.

«Je suis ouvert aux technologies, et on ne doit pas être fermé à la télédentisterie [les soins dentaires à distance]», ajoute-t-il.

«Oui, il y a des commentaires négatifs que vous pouvez voir sur les réseaux sociaux, mais ils sont très peu nombreux par rapport aux milliers de cas qu’ils ont traités au fil des années», assure-t-il.

SmileDirectClub se targue d’avoir redressé les dents de plus de 600 000 personnes depuis sa création en 2014.

Le Dr Dolman ajoute qu’aucune plainte n’a encore été formulée auprès de l’Ordre des dentistes concernant ce nouveau venu.

Le traitement revu après 90 jours

Chez SmileDirectClub, on rassure le patient en expliquant qu’il y aura un suivi du traitement après 90 jours par un dentiste/orthodontiste, mais à distance.

Le client doit envoyer des photos de sa bouche sous tous les angles à la compagnie, qui revalidera le plan de traitement avec le spécialiste.

Chez SmileDirectClub, on promet un traitement d'une durée de six mois, et parfois moins.

Le géant dit être en mesure de redresser les dents des gens qui n’ont pas de graves problèmes, en corrigeant de légères imperfections, comme des espaces entre les dents.

Prix vraiment intéressant?

Cet argument prouve selon la Dre Florence Morisson que le prix de SmileDirectClub n’est peut-être pas si intéressant au final.

«Faire corriger de petites imperfections avec un orthodontiste en personne, ça peut être moins cher que leur prix de 2500 $, et vous avez un bon suivi avec l’orthodontiste.»

Elle ajoute que des problèmes sérieux, qui pourraient être engendrés par ce traitement, comme des problèmes d’occlusions coûtent cher à «réparer», parfois 7000 $, assure-t-elle.

Textos et courriels

Lors de notre visite chez SmileDirectClub, un kit de blanchiment de dents nous a été remis gratuitement.

Après la rencontre dans leurs bureaux, nous avons reçu un courriel avec lequel nous pourrons commander notre boîte avec toutes les gouttières nécessaires au traitement, boîte qui sera livrée directement à notre domicile.

Le plan de traitement nous a été envoyé par courriel le lundi 1er juillet. Nous avons ensuite reçu un texto la même journée, un autre texto mercredi nous incitant à commander nos gouttières ainsi qu’un appel en anglais seulement.

Nous avons aussi reçu deux courriels le 3 juillet, et deux le 4 juillet, dont une offre de rabais pour nous inciter à passer la commande.

Nous n’avons pas commandé l’ensemble pour le moment.

Les YouTubeurs commentent

Les commentaires sur les réseaux sociaux, le terrain de jeu favori de l’entreprise, sont nombreux aux États-Unis.

Certains YouTubeurs qui ont essayé SmileDirectClub ont fait part de leur expérience.

Les problèmes relevés par ceux-ci: l’occlusion de la bouche qui est transformée, des problèmes de saignement des gencives en raison de la gouttière qui frotte, de la douleur, ou encore des gouttières qui brisent.

La plupart des «testeurs» se disaient néanmoins comblés par leur traitement, mais auraient aimé connaître certains des inconvénients avant d’entamer le processus.

Dans tous les cas, l’entreprise de télédentisterie assure que les clients peuvent contacter le service à la clientèle en tout temps pour faire des ajustements et que tout est garanti.

Un orthodontiste de Laval enquête

Le Dr Jean-Marc Dumoulin, qui pratique à Laval, a vu une boutique de SmileDirectClub apparaître non loin de son cabinet.

L’orthodontiste, qui œuvre depuis plus de 24 ans, a joué au client mystère en visitant leurs locaux, et dit ne pas avoir été impressionné.

L’ex-président de l’Association des orthodontistes est très préoccupé pour la santé bucco-dentaire des patients québécois.

Selon lui, le processus peut créer des problèmes au niveau de l’élocution, de la respiration, un changement dans la posture des lèvres, des dents déchaussées et des gencives plus sensibles.

«Il y a un virement technologique astronomique depuis les dernières années, on fait beaucoup de travail, mais il faut que l’orthodontiste rencontre le patient, c’est essentiel.»

Selon ses recherches, un seul dentiste travaille pour le géant américain, un médecin ontarien qui possède également une licence lui permettant de travailler au Québec.

«C’est un prête-nom», croit le Dr Dumoulin, en ajoutant que l’Ordre des dentistes «dort au gaz» dans ce dossier.

L’entreprise répond faire affaire avec trois médecins agréés au Québec qui traitent les patients québécois.

«Nous recrutons actuellement trois autres médecins agréés québécois. Ils sont physiquement situés dans la province et travaillent également dans une autre province», a indiqué Shara Seigel, directrice des communications avec les consommateurs pour l’entreprise.