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Une Inuite lutte à vélo contre le suicide chez les Autochtones

Étienne Paré

 - Agence QMI

Une jeune Inuite du Québec fait présentement le tour du Canada, en partie à vélo, afin de sensibiliser la population au problème endémique du suicide chez les Autochtones.

Partie le 16 juin dernier de Victoria, en Colombie-Britannique, Hannah Tooktoo, qui étudie en art visuel au Collège Dawson à Montréal, ne se considère étonnamment pas comme une grande sportive.

Des 100 km qu’elle parcourt par jour, Hannah Tooktoo insiste pourtant pour en faire le plus possible à bicyclette, même si cela l’épuise.

«Je veux montrer aux jeunes de ma communauté que c’est possible de continuer son chemin malgré les montagnes, qui symbolisent bien les embûches que nous avons dû traverser à travers l’histoire : la colonisation, la christianisation, la discrimination...», a illustré la jeune femme de 24 ans en entrevue téléphonique avec l’Agence QMI.

Seule au bout milieu de la Saskatchewan dimanche soir, Hannah Tooktoo a du mal à capter le réseau avec son cellulaire. Elle ne s’en plaint pas: elle aime ces moments de solitude que lui procure son périple.

«C’est l’occasion pour moi de réfléchir aux gens que j’ai perdus depuis que je suis jeune. Chaque personne de ma communauté qui meurt, c’est un deuil pour moi», a confié la jeune femme originaire de Kuujjuaq, dans le Nord-du-Québec.

Au bout du fil, on la sent soudainement émotive lorsqu’elle aborde le suicide, un problème criant chez les Premières nations et les Inuits.

Des chiffres à glacer le sang

Une étude publiée le mois dernier par Statistique Canada indiquait que le taux de suicide chez les membres des premières nations est trois fois plus élevé par rapport à celui de la population non autochtone. Pour les Inuit, la situation est encore plus catastrophique. Ils sont neuf fois plus à risque de commettre l’irréparable.

«Ils ne se tuent pas parce qu’ils ont envie de mourir. Ils tuent leur souffrance», croit Hannah Tooktoo.

En traversant le Canada, la jeune femme en profite pour rencontrer les chefs de bande partout où elle passe afin d’en connaître plus sur leur plan de lutte contre le suicide.

Mobiliser la population

Dans les prochaines semaines, elle veut aussi mobiliser les non-autochtones, qui font partie de la solution, selon elle.

«Il manque de service dans toutes les communautés! À Kuujjuaq, par exemple, les travailleurs sociaux ne sont là que quelques jours alors que les besoins sont criants. Il faut que tout le monde, pas juste les Autochtones, ait voir leur député pour dire qu’il faut que ça change», a plaidé celle qui prévoit revenir à Montréal le 8 août.