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Des victimes de hameçonnage vivent l'enfer

Jean-Michel Genois Gagnon | Le Journal de Montréal

Stéphane Lemay et sa conjointe France Dionne, hier, devant leur résidence de la Mauricie.

Agence QMI

Stéphane Lemay et sa conjointe France Dionne, hier, devant leur résidence de la Mauricie.

Au lendemain de l’annonce du vol de données touchant 2,9 millions de membres et d’entreprises de Desjardins, l’Autorité des marchés financiers avait sonné l’alarme contre les fraudeurs qui profiteraient de cette situation. Or, l’hameçonnage fait ses premières victimes.

Le 21 juin, Stéphane Lemay a rempli un formulaire en ligne qui devait servir à « protéger ses données bancaires ». Aujourd’hui, il dit vivre «l’enfer» et il souhaite sensibiliser la population.

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D’entrée de jeu, M. Lemay l’avoue. Il a commis une «erreur». Celle de cliquer sur un hyperlien sur son cellulaire le transférant sur une page Web où on lui demandait de répondre à des questions, notamment l’endroit où habite sa mère. Il a répondu. Le mal était fait.

Il ne se doutait pas alors qu’il s’agissait d’une fraude. Jamais il n’avait cliqué avant sur ces liens, dit-il, mais avec la situation, l’adresse semblait légitime et le site ressemblait à l’interface de Desjardins avec le logo. Le dossier est maintenant entre les mains de la Sûreté du Québec.

Durant la nuit du 21, quelques heures après avoir répondu aux questions, M. Lemay a reçu un premier coup de fil. Il n’a pas répondu. Le lendemain, il reçoit deux autres appels, dont l’un avec un numéro de Lévis, raconte-t-il. Un homme avec un français cassé au bout de la ligne. L’homme s’excuse, il dit s’être trompé de numéro et il raccroche.

Au cours des heures suivantes, un message de Desjardins lui est transmis par courriel pour confirmer un virement Interac de 1980$ avec un client d’une caisse située à La Prairie. Il refuse la transaction. La coopérative redépose le montant dans son compte quelques jours après.

M. Lemay constate aussi durant la fin de semaine que ses mots de passe ont été changés sur Facebook ainsi que pour ses courriels personnels.

Plusieurs numéros activés

Entre le 21 juin et le 8 juillet, M. Lemay a multiplié ses démarches auprès de Desjardins et des compagnies de téléphones cellulaires pour régler son dossier. Le fraudeur aurait activé plusieurs numéros de téléphone à son nom. Une nouvelle carte de guichet aurait également été produite.

«La première chose qu’il a faite est de fermer mon compte chez Rogers et l’ouvrir chez Bell. J’ai eu un compte chez Bell, chez Telus et trois comptes chez Rogers», avance M. Lemay, ne cachant pas être à bout de souffle. Il craint que des chèques soient également émis à son nom.

«Ma conjointe a même reçu des textos comme si c’était moi qui lui écrivais, c’était avec ma ligne. Par exemple, nous nous sommes dit au téléphone qu’il fallait faire un dépôt de 450$ pour le camping. Le lendemain, elle a reçu un texto disant qu’il fallait qu’elle dépose 500$ dans un compte avec un numéro pour le camping. Ce n’était pas moi», poursuit-il, espérant ne pas recevoir de mauvaises surprises pour des comptes à payer à la fin du mois.

M. Lemay fait aussi partie des 2,9 millions de particuliers et d’entreprises touchés par la fuite de renseignements personnels chez Desjardins.

LA LIGNE 1-800 DE DESJARDINS RÉPOND PRÉSENT À L’APPEL

Il fallait prévoir un peu plus de 10 minutes d’attente pour obtenir l’aide d’un employé, hier, chez Desjardins pour remplir le formulaire permettant d’obtenir la protection avec l’agence de crédit Equifax.

Le Journal a tenté à quatre reprises durant la journée de joindre un responsable à l’institution financière au 1-800-Caisses. Les délais d’attente ont varié entre 9 et 14 minutes, et il a été possible de parler avec un employé à chaque tentative. Ils ont également pris le temps de répondre aux questions.

Au cours des dernières semaines, plusieurs membres du Mouvement avaient déploré publiquement les longues heures d’attente avant de pouvoir discuter avec un travailleur chez Equifax pour ouvrir leur compte.

Certains clients déploraient aussi le fait que l’agence de crédit offrant une protection et une assurance de 50 000$ d’une durée de cinq ans contre les vols d’identité éprouvait des difficultés avec la langue française.

C’est notamment pour ces raisons que Desjardins avait annoncé la semaine dernière qu’elle souhaitait mettre environ 1000 employés à contribution dès lundi (hier) pour améliorer le service. La coopérative de Lévis qualifiait la situation «d’inacceptable».

«Ce sont environ 3000 travailleurs qui se relaieront au cours des prochains jours pour répondre aux membres», avance le porte-parole Jean-Benoît Turcotti. «Les membres sont toutefois invités à toujours utiliser le site internet d’Equifax où la capacité a été augmentée», poursuit-il, précisant que le délai moyen d’attente hier variait à la coopérative, selon ses chiffres, entre «cinq et dix minutes».

Pas de chiffre sur l’achalandage

Le porte-parole n’a toutefois pas été en mesure de dire combien d’appels ont été faits chez Desjardins dans le dossier avec Equifax.

Par ailleurs, l’institution financière offrira d’ici jeudi la possibilité de remplir le formulaire pour s’inscrire à Equifax sur son site AccèsD.

Vendredi, seulement 100 000 personnes avaient complété leur inscription auprès de l’agence de crédit, soit à peine 3,7% des membres touchés.

Quant à l’offre avec TransUnion, Desjardins n’a toujours pas de date.

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