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Il va falloir travailler jusqu’à un âge bien plus avancé

Philippe Orfali

 - Journal de Montreal

Photo d'archives

Pour contrecarrer les effets désastreux du vieillissement de la population, les Québécois devront travailler plus longtemps et plus vieux, croit l’économiste Pierre Fortin.

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Nous serons plus nombreux en 2066... et plus vieux

Nouvelles projections démographiques, nouveau constat accablant : d’ici à 2030, pour chaque tranche de 100 départs à la retraite, seulement 80 personnes entreront sur le marché du travail québécois, prévoit l’Institut de la statistique du Québec.

Les aînés compteront alors pour 28% de la population, contre 18% en 2016.

«Alors qu’à la fin des années 1980 on comptait deux fois plus de jeunes adultes que de 55 à 64 ans, on observait une égalité entre ces deux groupes en 2009», écrivent les auteurs de l’étude publiée hier, qui présente les perspectives démographiques de la province jusqu’en 2066.

Ce rapport jeune-vieux devrait être en baisse constante jusqu’en 2021, en raison du départ à la retraite des baby-boomers et du faible taux de natalité au Québec, de 1990 aux années 2000. La pénurie de main-d’œuvre que l’on vit actuellement devrait donc empirer. Ce n’est qu’après 2030 que le remplacement de la main-d’œuvre prendra du mieux.

Une retraite à 69 ans?

«On devrait faire passer l’âge de sortie de la population active de 64 à 69 ans», affirme l’économiste Pierre Fortin, lui-même âgé de 74 ans.

«Aujourd’hui, tu prends ta retraite à 62 ans, mais au bout de six mois, t’es tanné de tourner autour de la table de cuisine ! Plusieurs retournent au travail», fait-il valoir.

À l’heure actuelle, environ 40% des Canadiens de 60 à 69 ans sont sur le marché du travail, contre 34% au Québec.

Si on ne renverse pas la tendance, le constat est plutôt sombre pour l’économiste : «Les 15-64 ans vont être moins nombreux à travailler et à payer des taxes, tandis que les 65 ans et plus seront, eux, de plus en plus nombreux à demander des soins, des services, des choses qui coûtent cher.»

Les problèmes se feront ressentir à Montréal, mais seront encore plus flagrants en région, précise le démographe et professeur à l’Institut national de la recherche scientifique Alain Bélanger. Car malgré les efforts, l’immigration reste surtout concentrée dans les grands centres.

«C’est vrai qu’il faut davantage d’immigrants (sur le marché du travail), mais sans modifier leur intégration, on n’arrivera pas à une solution.»

Déjà, le gouvernement du Québec a annoncé des investissements pour encourager le maintien des travailleurs âgés sur le marché du travail. Face à la pénurie de main-d’œuvre qui sévit, plusieurs entreprises offrent des conditions plus flexibles à leurs travailleurs âgés.

Québec souhaite aussi en faire plus pour permettre aux personnes ayant un handicap d’intégrer le marché du travail.

Des projections démographiques inquiétantes

- L’âge moyen des Québécois passera de 41,9 ans en 2016 à 46,4 ans en 2066

- Les aînés constituaient 18% de la population en 2016. Cette proportion grimpera à 28% en 2066

- La part des 20-64 ans dans la population totale diminuera fortement, passant de 61% en 2016 à 53% en 2066

Source : Institut de la statistique du Québec

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