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Près de 200 municipalités pourraient fermer d'ici 2025

Diane Tremblay | Journal de Montréal

Archives/Agence QMI

La transformation démographique que vit le Québec aura de lourdes conséquences, affirme un expert qui prédit la fermeture de quelque 200 municipalités d’ici 2025.

Les municipalités les plus dévitalisées de la province sont en « fort danger de fermeture », selon Pierre Bernier, président de la firme de consultants Groupe Ambition, qui a scruté l’Indice de vitalité économique 2016 produit par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

« Comme la population vieillit rapidement et qu’il n’y a pas de nouveaux résidents, automatiquement les municipalités vont avoir de la difficulté à soutenir leurs infrastructures, si elles n’ont pas d’aide du gouvernement », affirme M. Bernier.

Population vieillissante

On l’a vu dernièrement avec le dévoilement des perspectives démographiques de l’ISQ, d’ici 2041, le nombre d’aînés sera en forte croissance dans toutes les régions administratives.

« Les régions dites éloignées, au sein desquelles on trouve l’ensemble des régions en déclin, ne représenteraient plus que 8,6 % de la population du Québec en 2041, comparativement à 10,3 % en 2016 », est-il fait mention dans le rapport.

À titre de spécialiste en développement organisationnel, M. Bernier est souvent appelé à analyser les données sociodémographiques de Statistique Canada et de l’ISQ pour le compte de ses clients constitués de municipalités, de MRC et d’employeurs.

« Selon moi, il est trop tard. Le déclin est commencé », ajoute-t-il, en soulignant que des communautés l’ont contacté pour lui demander comment faire pour fermer une ville.

« Le problème au Québec, c’est qu’on a un grand territoire et on n’a pas l’argent pour supporter artificiellement les communautés qui ne contribuent pas au développement économique », a-t-il fait part au Journal.

Des crises sociales

D’autres experts partagent son avis sur ce scénario apocalyptique pour plusieurs régions du Québec.

M. Bernier n’hésite pas à parler même d’éventuelles crises sociales.

« Ça va amener des fermetures d’entreprises et, ce qui est encore plus préoccupant, ça va amener des bris de services. On rentre dans une ère de bris de services où on va avoir beaucoup de difficultés à combler les plages horaires dans les hôpitaux. On va fermer des lits. On va fermer des restaurants. Ça ne serait pas surprenant qu’on ferme des routes et des ponts parce qu’on n’a pas le personnel pour s’en occuper et les réparer », estime-t-il.

Il demande aux élus de ne pas se mettre la tête dans le sable et de regarder la réalité en face. « Il ne faut pas jouer à l’autruche. Ce n’est qu’une question de temps », a-t-il lancé.

Des municipalités à risque

Bas-Saint-Laurent

Sayabec

Causapscal

Les Méchins

Mont-Joli

Trois-Pistoles

Saint-Guy

Dégelis

Saguenay-Lac-Saint-Jean

Lac-Bouchette

Rivière-Éternité

Petit-Saguenay

Capitale-Nationale

Sagard

Saint-Siméon

Baie-Sainte-Catherine

Saint-Casimir

Rivière-à-Pierre

Côte-Nord

Forestville

Chute-aux-Outardes

Godbout

Baie-Trinité

Natashquan

Rivière-au-Tonnerre

La Romaine

Gaspésie-Île-de-la-Madeleine

Chandler

Percé

Cloridorme

Port-Daniel-Gascons

Cap-Chat

Grande-Rivière

Grande-Vallée

Petite-Vallée

Murdochville

New Carlisle

Matapédia

Chaudière-Appalaches

Saint-Fabien-de-Panet

Disraeli

Saint-Magloire

Sainte-Sabine

« Personne ne va venir nous sauver »

En Gaspésie, où presque les trois quarts des municipalités sont fortement dévitalisées, l’inquiétude est bien palpable.

« Au cours de la dernière année, nous nous sommes attardés sur les perspectives démographiques de notre territoire. Écoutez, c’est incroyable ce qui nous attend », affirme Richard Marin, directeur général de la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) de la Haute-Gaspésie.

Selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), en 2016, 70,2 % des municipalités de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine se classaient dans le cinquième et dernier quintile de l’Indice de vitalité économique des territoires.

« Oui, je crois qu’il y a des petites municipalités qui sont à risque. Comment ça va fonctionner ? Est-ce qu’elles vont tomber en tutelle et rester là quand même ? On est très inquiet par rapport à tout cela », indique M. Marin.

La SADC a rencontré les huit maires de la MRC de la Haute-Gaspésie en mai dernier pour leur présenter les perspectives démographiques.

« On essaie de trouver des solutions nous-mêmes parce qu’il n’y a personne qui va venir nous sauver. Ça prend un coup de barre majeur. Si rien n’est fait, c’est clair que ça va se vider. »

Les employeurs concernés

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) s’estime lui aussi « très préoccupé » par le déclin démographique.

« C’est un drame ce qui se passe », affirme le président-directeur général du CPQ, Yves-Thomas Dorval.

La rétention des jeunes dans les régions est un élément fondamental. C’est pourquoi le CPQ estime que l’on peut en faire davantage.

« L’internet à haute vitesse, c’est important dans les régions parce qu’on pourrait former les gens sans nécessairement qu’ils soit obligés de se déplacer à l’extérieur », dit-il.

Le président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, se montre pour sa part plutôt sceptique devant le scénario dépeint par Pierre Bernier.

« Quand on recule de dix ans, aucune n’a fermé. Dans les prochaines années, il en tomberait autant au combat ? C’est assez surprenant », a-t-il réagi.

Au contraire, croit-il, le Québec a besoin de ses régions pour se développer.

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