/news/currentevents

«C’est horrible, une tragédie comme ça»

Arnaud Koenig-Soutière | Journal de Québec

Ce nouvel écrasement d’Air Saguenay, le troisième en neuf ans, a rouvert des plaies vives pour le transporteur, qui n’a toutefois pas cru bon suivre les recommandations du BST en installant des dispositifs de prévention de décrochage sur ses appareils.

En 2015, un pilote québécois et cinq touristes avaient perdu la vie après avoir brutalement touché terre aux Bergeronnes, sur la Côte-Nord. À peine cinq ans plus tôt, un autre drame avait secoué l’entreprise saguenéenne quand un pilote et trois touristes ont sombré dans un secteur montagneux du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

«On rouvre des blessures qui ne seront jamais pansées. Les familles, tous les impacts qui en découlent... C’est terrible, horrible une tragédie comme ça», a laissé tomber le président d’Air Saguenay, Jean Tremblay, rencontré dans ses locaux de Jonquière par Le Journal.

L’épave de l’avion, qui témoignerait d’un choc violent, a été retrouvée à un kilomètre de la berge sur le lac Mistastin. «Au moment où l’on se parle, il reste quatre personnes disparues. On espère encore qu’elles vont être retrouvées, mais on ne met pas nos lunettes roses», dit-il.

Pas de changement

Les appareils impliqués dans les trois écrasements mortels d’Air Saguenay étaient du même modèle, soit un DHC-2 Beaver. Après le drame de 2015, le Bureau de la sécurité des transports (BST) avait recommandé que des avertisseurs de décrochage soient installés dans ce type d’avion pour prévenir une nouvelle tragédie.

L’entreprise jonquiéroise, qui compte 12 avions de ce modèle parmi sa flotte de 15 aéronefs, n’a fait aucune modification en ce sens. «Je n’ai jamais été d’accord avec l’avertisseur de décrochage. Avec un Beaver, tu n’as pas besoin d’un avertisseur de décrochage. Tu le sens qu’il décroche», soutient le président d’Air Saguenay.

Cette nouvelle tragédie pourrait contribuer à sonner le glas d’Air Saguenay, la plus importante compagnie aérienne de brousse au Québec.

Très fragile

La fermeture de la chasse au caribou, en 2015, et des approbations gouvernementales encore attendues pour poursuivre ses affaires au Nunavut mettent déjà du plomb dans l’aile du transporteur. S’ajoutent maintenant à ce portrait des primes d’assurance qui pourraient grimper en flèche après un troisième écrasement mortel en moins d’une décennie.

S’il assure qu’Air Saguenay «va terminer [sa] saison», la santé financière de l’entreprise «est très fragile», reconnaît Jean Tremblay. Le contrat d’assurance nécessaire à la poursuite de ses activités se terminera le 1er mai prochain.

«C’est sûr qu’avec un mauvais dossier d’assurance, les assureurs ne font pas la file. Ça peut aider à ne pas continuer. Ça peut avoir des impacts assez négatifs pour Air Saguenay, un écrasement comme celui-là», s’inquiète M. Tremblay.

Dans la même catégorie