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Sylvie Bernier témoigne pour éviter d'autres noyades

Jean-Philippe Daoust | Agence QMI

Le 24 juillet 2002, Sylvie Bernier assiste, impuissante, à la noyade de son neveu Raphaël.

L’ex-athlète se confie sur ce tragique événement dans un nouvel épisode du balado de QUB radio Les leçons de vie racontées à Anne-Lovely.

 

«Mon neveu est mort noyé devant nous, raconte la médaillée d’or en plongeon aux Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles. Nous étions en voyage familial, on faisait le tour de la Gaspésie avec mon frère et ma belle-sœur, mon mari et nos cinq enfants cumulatifs.»

Avant de rentrer à la maison, la famille s’arrête dans la baie des Chaleurs, plus précisément à la rivière Nouvelle. Sylvie Bernier y est reçue comme invitée d’honneur pour une campagne de financement au profit de la rivière à saumons. On lui offre alors de faire une randonnée guidée en canot sur la rivière d’apparence inoffensive. La famille accepte.

 

«Mais nous, ce qu’on ne savait pas, c’est qu’une rivière à saumons, ça a ses particularités. C’est beaucoup plus étroit, c’est sinueux et il y a des embâcles [des amoncellements de bois dans la rivière]», explique l’ex-athlète. Elle précise que «lorsqu’un canot frappe ce type d’embâcle, le canot chavire automatiquement».

Vers la fin de l’expédition, le canot sur lequel se trouvent son frère, sa belle-sœur et leurs deux enfants frappe l’un de ces embâcles. L’embarcation chavire et coule au fond de la rivière.

 

«Mon frère et ma belle-sœur ont réussi à s’extirper rapidement et mon neveu Antoine, qui avait 7 ans à ce moment-là, a réussi aussi à remonter avec sa veste. Mais ça a pris un bon 20 secondes avant qu’il ne remonte à la surface. Et, malheureusement, Raphaël, qui avait 5 ans à ce moment-là, est resté coincé.»

Culpabilité

Après le drame, Sylvie Bernier raconte s’être sentie coupable. D’abord, parce que c’est elle qui avait été invitée à la rivière. «Si je n’avais pas accepté l’invitation, on serait revenu à la maison et on aurait passé de superbes vacances. On aurait juste eu des belles photos et des beaux souvenirs.»

L’ex-championne de plongeon s’est également sentie coupable de ne pas avoir plongé, pour sauver son neveu. Un événement, survenu lors d’un voyage au Mexique en 2017, l’a ramené à cette rivière gaspésienne dans laquelle elle n’a pas plongé.

Pendant une séance de yoga sur la plage, Sylvie Bernier a cru, pendant un instant, qu’une dame, rencontrée lors du voyage, avait pu se noyer. Elle se souvient s’être demandé si la dame se trouvait au fond de l’océan. Elle se trouvait finalement derrière elle, sur la plage.

«J’ai vécu ça dans ma tête et dans mon corps, sans qu’elle ne le sache, parce qu’elle ne me connaît pas, elle ne connaît pas mon drame», explique-t-elle.

«Cette semaine [au Mexique] m’a permis de réaliser et de comprendre que j’avais peut-être accepté rationnellement que je n’avais pas à me sentir coupable de ce qui s’était passé [...], mais, définitivement, mon corps n’avait pas encore totalement intégré ce sentiment-là, que j’avais de la culpabilité.»

«Il fallait que je le vive physiquement, parce que rationnellement, dans ma tête, je le savais que je ne pouvais rien faire pour sauver Raphaël. Mais c’est là que j’ai réalisé que c’est parce que je n’avais pas plongé. Et c’est de là que vient le titre [de son livre], Le Jour où je n’ai pas pu plonger.»