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À 86 ans, Fleurette tire encore des joints 65 heures/semaine

Vincent Larin et Pascal Dugas Bourdon | Journal de Montréal

Ne parlez pas de retraite à Fleurette Daoust. Cette dame de 86 ans tire encore des joints à un rythme de 65 heures par semaine, et ce depuis près de 60 ans.

«Je ne fais plus de plafonds, c’est mon garçon qui s’en charge, mais j’aide encore pour les murs, couvrir les vis du haut et du bas, et pour faire le sablage», explique Mme Daoust, visiblement peu impressionnée par son emploi du temps.

De son propre aveu, elle croise pourtant rarement des travailleurs sur les chantiers qui ont le même âge qu’elle.

«Je me souviens d’un briqueteur de 75 ans, mais je crois qu’il a pris sa retraite depuis», se souvient Mme Daoust, dont l’esprit est encore très vif.

Dans les alentours de Saint-Jérôme, où elle, son fils Stéphane et sa belle-fille Carole remplissent leurs contrats, des clients se souviennent de l’avoir vue tirer les joints dans leur maison toute neuve, 30 ans plus tôt.

60 ans d’expérience

«Chaque fois qu’on va chez un nouveau client, les gens sont surpris de la voir débarquer et se demandent quel âge elle a. Mais d’un autre côté, ils sont toujours très satisfaits», indique le fils de Mme Daoust, Stéphane.

C’est que la dame fait aller sa spatule depuis près de 60 ans. L’entreprise de plâtrage pour laquelle elle travaille toujours, Léon Daoust & Fils, a été fondée par son mari et elle en 1956, puis reprise par son fils Stéphane au décès du paternel.

«Au début, j’aidais à faire les factures, j’amenais le café, puis je m’occupais des retouches. Puis, j’ai commencé à vraiment travailler un peu plus tard», se remémore-t-elle.

Stéphane Daoust ne se rappelle pas de l’avoir vue faire autre chose.

«Je me souviens qu’enfant, en 1973, je m’étais cassé une jambe et on m’assoyait dans un coin du chantier pendant que mon père et ma mère faisaient du plâtre», précise-t-il.

Ennuyant à la maison

Mais ne parlez pas de retraite à Fleurette Daoust.

«Mon mari est décédé et c’est ennuyant d’être toute seule à la maison. D’ailleurs, les gens me disent que c’est parce que je n’arrête pas que j’ai pu continuer jusqu’à l’âge que j’ai», rigole-t-elle.

«J’aimerais me rendre à 90 ans, et c’est bien parti, je pète le feu. Si j’avais un conseil à donner aux jeunes, ce serait : continuez tant que ça donne de la bonne humeur», conclut-elle, au moment de profiter de deux semaines de repos à l’occasion des vacances de la construction.

«Il y a des années qu’on n’en a pas pris, ou juste une semaine, mais là, on se donne du temps. On compte rester dans le coin, comme mes filles travaillent, elles», résume Stéphane Daoust.

Les travailleurs de la construction se partagent un butin de près de 447,9 millions $ pour profiter de leurs vacances, une hausse de 6 % par rapport à l’an dernier.