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«Il était une fois à Hollywood»: une lettre d'amour au cinéma signée Quentin Tarantino

Isabelle Hontebeyrie

 - Agence QMI

Réunissant Leonardo DiCaprio et Brad Pitt pour «Il était une fois à Hollywood», Quentin Tarantino fait d’eux un acteur et son cascadeur dans le Hollywood de 1969. L’année est aussi marquée par le meurtre de Sharon Tate (Margot Robbie), épouse de Roman Polanski ainsi que par les disciples de Charles Manson (Damon Herriman)...

Ancienne vedette de la série télé «Bounty Law», un western, Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) est une star sur le déclin, notamment en raison de son alcoolisme. Son meilleur ami et cascadeur, Cliff Booth (Brad Pitt), lui, aime sa vie et sa carrière. Il se mesure même à Bruce Lee (Mike Moh). Rick Dalton obtient néanmoins un rôle dans une nouvelle série et se voit proposer de tourner un western spaghetti à Rome, tournage pour le quel il emmène son cascadeur. Et pendant ce temps, Roman Polanski (Rafał Zawierucha) et Sharon Tate (Margot Robbie) emménagent dans la maison voisine de celle de Rick.

Des personnages en quête de sens

Inspiré par Burt Reynolds – qui devait également, avant sa mort, avoir un rôle dans le long métrage – , Rick Dalton ressemble, par certains aspects, à Leonardo DiCaprio.

«En ce qui concerne ce personnage, et en faisant le point sur ma propre vie, je me suis immédiatement identifié à Rick. J’ai grandi dans l’industrie du cinéma et ce personnage vit à une époque qui n’existe plus. Il est un petit peu perdu dans ce monde qui a changé. Ce personnage est en train de lutter, il essaye de gagner confiance en lui, il veut persévérer pour obtenir encore un rôle de plus», a déclaré l’acteur de 44 ans lors de la conférence de presse de présentation de «Il était une fois à Hollywood» au Festival de Cannes en mai dernier.

Pour Brad Pitt, dont le rôle de Cliff est intimement lié à celui de Rick – Cliff est d’ailleurs modelé sur Hal Needham, cascadeur de Burt Reynolds. «Rick et Cliff, créés par Quentin Tarantino, ne sont qu’une seule et même personne, une seule personne qui doit accepter sa situation, le lieu où il vit, accepter tous ses problèmes. En Rick, nous avons quelqu’un qui, de manière assez ironique et amusante, doit faire face à la vie et se trouve dans la plus grande déprime qu’on puisse imaginer.»

«Le personnage de Cliff est quelqu’un qui a dépassé cette phase de profonde dépression, qui est en paix avec lui-même, qui accepte ce que la vie lui apporte. Ce sont des personnages qui ont quelque chose à voir avec l’acceptation.»

Les deux stars, qui n’avaient jamais travaillé ensemble avant, ont sauté à pieds joints dans ce monde inventé par Quentin Tarantino et dans lequel se mêlent réalité et fiction.

«Nous avons été immédiatement à l’aise de travailler ensemble. Nous sommes de la même génération, nous avons commencé à la même époque. Pour être honnête, Quentin nous a donné une histoire formidable, celle de deux hommes qui travaillent ensemble, qui sont amis, qui sont un petit peu dépassés par l’arrivée d’une nouvelle ère à Hollywood», de dire Leonardo DiCaprio.

Le Hollywood de Quentin Tarantino inclut, bien sûr, des personnes ayant réellement existé. On croise ainsi Steve McQueen (Damian Lewis), Sam Wanamaker (Nicholas Hammond, le Spider-Man de la série télévisée) et plusieurs autres. On croise aussi des personnes et des événements totalement imaginaires – Kurt Russell incarne un chef cascadeur, Michael Madsen un acteur de western, etc. –, en plus de références aux propres films de Tarentino, à un point tel que son assistant réalisateur, Bill Clarke, a fait remarquer au cinéaste que ce «neuvième film était le résultat des huit précédents».

«Il y a très peu de gens dans ce monde qui en savent autant sur l’histoire du cinéma et de la télévision. Parler à Quentin, c’est un peu comme de parler à une base de données, a souligné DiCaprio. Il possède un savoir phénoménal et je pense que ce film est son histoire d’amour avec le cinéma. Il a réuni deux personnages, qui sont des ¨outsiders¨, qui sont dépassés dans ces années 1960 et ce film est une lettre d’amour au cinéma. [...] Pour moi, c’est un film qui nous met en paix avec nous-mêmes.»

La controverse Sharon Tate

«Il était une fois à Hollywood» devait initialement prendre l’affiche le 9 août, date marquant les 50 ans du meurtre de Sharon Tate qui fût l’épouse de Roman Polanski. Le jour de la sortie a toutefois été devancé de quelques semaines.

En choisissant d’aborder le meurtre de Sharon Tate, alors enceinte de plus de huit mois, par les membres de la «famille» de Charles Manson, communauté hippie vivant de trafic de drogues et de larcins, Quentin Tarantino savait qu’il soulevait un sujet douloureux. C’est Emmanuelle Seigner, l’épouse de Roman Polanski, qui a fustigé le film dès sa présentation à Cannes, indiquant sur son fil Instagram, en légende d’une photo de son mari et de Sharon Tate: «Comment peut-on se servir de la vie tragique de quelqu’un tout en le piétinant.... à méditer (je parle du système qui piétine Roman)».

Tarantino, qui n’a pas prévenu Polanski des ajustements qu’il faisait à la vie de sa femme décédée, n’a pas choisi cette histoire par hasard.

«Je pense que nous sommes fascinés par ce fait divers parce qu’il est insondable. J’ai effectué beaucoup de recherches sur ce qui s’est passé. [...] Plus on lit, plus on obtient d’informations sur le sujet, plus cela devient concret et moins on comprend cette chose. Plus on en sait, plus les choses sont obscures. C’est ce côté impossible à comprendre qui est surprenant et qui crée cette fascination», a indiqué le cinéaste.

Margot Robbie, interprète de Sharon Tate, s’est certes plongée dans la vraie vie de son personnage, mais a également choisi de s’en détacher.

«J’ai fait beaucoup de recherches et j’ai lu tout ce qui existait sur le sujet, mais en tant qu’actrice, mon travail consiste à servir le personnage et comprendre en quoi le personnage peut servir le film. J’ai essayé de comprendre quelle était la place de ce personnage dans ce film. En ce qui me concerne, je la vois comme un rayon de lumière.»

«En 1969, jusqu’à ce meurtre, il y avait le mouvement de l’amour libre, il y avait de l’espoir, de nouvelles idées, le cinéma était quelque chose qui évoluait, a ajouté Brad Pitt. Lorsque ces meurtres ont eu lieu, la fin tragique de Sharon et d’autres, ç'a été terrifiant. On en parle encore aujourd’hui parce que cela a été un moment tragique qui a souligné le côté sombre de la nature humaine et qui a fait perdre à cette époque toute son innocence.»

«Il était une fois à Hollywood» se propulse sur les écrans de la province dès le 26 juillet.

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