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L’humour corrosif, «une arme à double tranchant» pour la SQ

TVA Nouvelles

Alors que la Sûreté du Québec (SQ) a décidé d’avoir recours à l’humour, au sarcasme et à l’autodérision sur les réseaux sociaux, des spécialistes croient qu’il s’agit d’une stratégie qui comporte certains risques.

«Dans le cas d’un corps policier comme la Sûreté du Québec, il faut juste s’assurer que ça ne vienne pas teinter l’opinion qu’on a des constables sur le terrain», affirme Mathieu Roy, chroniqueur techno à l’émission "Salut, Bonjour!".

Selon lui, «il ne faut pas qu’on pense que parce que sur internet, ils nous répondent comme ça, que les policiers en service vont nous répondre comme ça».

À son avis, le sarcasme est une «arme à double tranchant», puisque «ce n’est pas une forme d’humour qui est comprise de tous».

«C’est quand même délicat, dit-il. La Sûreté du Québec marche sur un fil de fer, mais je pense qu’en ce moment, on en parle et ç’a dû divertir pas mal de monde.»

Le recours à l’humour corrosif par les institutions publiques et les entreprises sur les réseaux sociaux est en vogue un peu partout dans le monde. Plusieurs corps de police américains et européens ont déjà recours à cette technique. Chez nous, Hydro-Québec a fait sourire bon nombre d’internautes avec des réponses décapantes aux messages de «trolls».

«Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en, indique Mathieu Roy. C’est certain que sur Facebook en ce moment, la Sûreté du Québec fait jaser. Ça va en faire sourire certains, ça va peut-être en choquer d’autres. Il va falloir qu’ils trouvent leur juste équilibre là-dedans.»

«Moron» et «cabochon»

Des gens ont toutefois critiqué l’utilisation de mots comme «moron» et «cabochon» par la SQ dans certains commentaires. Le directeur des communications du corps police provincial, l’inspecteur-chef  Guy Lapointe, promet d’ailleurs qu’il y aura des «ajustements» à faire dans cette nouvelle stratégie de communication.

«J’ai un employé qui s’est peut-être un petit peu perdu dans l’inspiration du moment, vendredi dernier, a-t-il admis en entrevue à TVA Nouvelles. On ne veut pas tomber dans ce genre de qualificatifs-là, mais on veut quand même employer un humour qui par moment, va peut-être être corrosif un peu, mais sans jamais tomber dans un niveau d’insultes ou de qualificatifs douteux comme ceux-là.»

Il dit d’ailleurs avoir déjà passé le message à son équipe «pour qu’il y ait des ajustements qui soient apportés». Une mise au point a également été publiée, dimanche, sur la page Facebook de la SQ.

De la «communication spectacle»?

Pour la spécialiste des médias sociaux Nellie Brière, le recours à l’humour caustique ne doit toutefois pas se faire «aux dépens de la mission, de manière intimidante ou même désinformante».

«On entre dans le jeu de la communication spectacle, martlèle-t -elle. On fait un spectacle. La Sûreté du Québec ne sert pas à faire ce genre de spectacle là.»

Selon elle, même si le ton des utilisateurs des plateformes sociales est parfois belliqueux, «les organisations officielles et publiques ne devraient pas crédibiliser ou participer à rendre acceptable ce genre d’échanges là».

«Ce n’est pas parce qu’on est sur le numérique que les relations publiques ne doivent pas être réfléchies de la même manière que dans les médias traditionnels», ajoute-t-elle.

Ceci étant dit, la Sûreté du Québec dit qu’elle va continuer à avoir recours à l’humour pour transmettre ses publications sur les réseaux sociaux dans le but de mieux rejoindre son auditoire.

«Les gens trouvaient que des fois, dans notre façon de passer nos messages de prévention, on était un petit peu moralisateur, indique M. Lapointe. On trouvait que c’était un peu froid, la langue de bois, alors que ce n’est pas le ton que les gens vont employer habituellement sur les réseaux sociaux.»

Les médias sociaux de la Sûreté du Québec sont gérés par un policier et deux civils. La page Facebook du corps policier est suivie par plus de 110 000 personnes.

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