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L'épave d'un sous-marin retrouvée, un demi-siècle après sa disparition

Agence France-Presse 

L'épave du sous-marin français La Minerve, disparu en 1968 avec 52 hommes à bord, a été retrouvée dimanche au large de Toulon (sud-est), un «apaisement» pour les familles des marins un demi-siècle après ce drame, toujours inexpliqué.

«C'est un soulagement, une énorme émotion», réagit auprès de l'AFP Hervé Fauve, le fils du commandant de La Minerve, lundi matin. «Ils étaient près de nous, pas loin. C'est un apaisement extraordinaire», abonde Thérèse Scheirmann-Descamps, la veuve d'un des marins.

Depuis toutes ces années, La Minerve reposait par 2370 m de fond, brisée en trois morceaux, à 18,5 milles marin (35 km) des côtes. «Certaines lettres sont encore visibles, MIN, sur le kiosque», explique M. Fauve.

Le 27 janvier 1968, le sous-marin militaire, en exercice à une trentaine de kilomètres au large de Toulon, avait coulé en quatre minutes seulement. Malgré les opérations de secours aussitôt entreprises, l'épave n'avait jusqu'ici jamais été localisée.

Relancées début juillet à la demande des familles, les recherches auront finalement abouti en moins d'un mois.

L'épave a été localisée par le navire américain Seabed Constructor, arrivé mardi dernier pour participer aux recherches, et dont les drones ont apporté la confirmation visuelle de l'emplacement de la Minerve, a précisé à l'AFP un haut gradé de la Marine nationale.

Ce navire de la compagnie américaine privée Ocean Infinity est équipé de caméras sous-marines capables de filmer les fonds marins jusqu'à 6.000 mètres de profondeur. Il avait déjà retrouvé la trace du sous-marin argentin San Juan, disparu avec 44 hommes à bord au large de l'Argentine en novembre 2018.

«C'est un succès, un soulagement et une prouesse technique. Je pense aux familles qui ont attendu ce moment si longtemps», a réagi la ministre des Armées Florence Parly.

Avarie des deux barres arrière, collision avec un bateau, explosion d'un missile, d'une torpille, accident du tube d'aération: de multiples causes avaient été avancées pour expliquer l'accident.

Mais les premiers éléments permettent «d'écarter ces suppositions farfelues qui ont fait souffrir les familles, comme celle d'un problème avec les russes, ou d'un abordage violent», se réjouit Mme Scheirmann-Descamps, qui vit toujours dans un modeste pavillon de Toulon, entourée de photos noir et blanc de Jules, son défunt mari.

«C'est un accident», assure-t-elle, même si les autorités n'avaient de leur côté donné aucune précision sur les causes de la castastrophe lundi en milieu de journée.

En attendant le verdict des drones, qui permettront peut-être de savoir exactement ce qui s'est passé, Hervé Fauve est libéré: «Ces 52 marins avaient un peu été abandonnés».

«Quand on meurt pour une cause, c'est important d'aller jusqu'au bout, on leur doit ça», insistait en mars, auprès de l'AFP, celui qui, grâce à son site internet consacré à la catastrophe, avait réussi à fédérer 41 des 52 familles touchées. Depuis lundi matin il a entrepris de les recontacter, pour leur annoncer la nouvelle: «La plupart des parents des marins sont morts. Il n'en reste que quatre ou cinq, tous les autres sont les épouses ou les enfants».

Parmi ces épouses, Thérèse Scheirmann-Descamps. Ce samedi 27 janvier 1968, cette jeune mère de deux enfants de 5 et 3 ans prépare un gâteau pour son mari, qui fête ses 29 ans le jour même. D'habitude il rentre à 08H00. Ce jour-là, elle l'attend toute la matinée quant à 12H00 un marin en uniforme sonne à la porte et lui dit que Jules «aura du retard»: «J'ai tout de suite compris que je ne le reverrai jamais», expliquait-elle en mars, à l'AFP.

«Aujourd'hui, il n'y a pas de mots pour décrire mon émotion», réagit-elle: «Et pour mes enfants, c'est une telle surprise, un tel bonheur».

Pas d'espoir par contre de remonter les corps, confirme Hervé Fauve: «Un sous-marin israélien, le Dakar, avait coulé au large de Chypre deux jours avant la Minerve. Quand l'épave avait été retrouvée, en 1999, il ne restait plus rien». Ce qu'il attend, maintenant, c'est la cérémonie qui doit être organisée, en mer, à la verticale de l'épave: «Pour leur dire un dernier adieu».