/regional/quebec/quebec

Travaux sur la route de l'Église: un cauchemar pour les commerçants

Pierre-Paul Biron | Journal de Québec

Sonnés par la fermeture définitive du Shack Resto-Bar, d’autres commerçants de la route de l’Église déplorent les impacts des importants travaux effectués par la Ville de Québec et certains commencent à évaluer leurs options de recours.

Éventrée par d’importants travaux visant le réaménagement de l’artère commerciale, la route de l’Église est devenue un cauchemar pour les clients cherchant à accéder aux commerces qui s’y trouvent.

En fait, l’endroit bourdonne tellement de travaux de toutes sortes depuis quelques années que le propriétaire du Shack Resto-Bar a choisi de mettre définitivement la clé sous la porte ce week-end.

«C’est pire que l’enfer, c’est un tueur de commerces», lance sans hésiter Mathieu Girard, qui a perdu 150 000 $ depuis janvier.

Ce dernier a vécu au cours des dernières années la réfection de l’aqueduc et la construction de la bibliothèque Monique-Corriveau ainsi que des deux tours à condos qui l’entourent.

«Je ne peux plus me battre pour ça. Je sais que certains vont se battre et je suis fier d’eux, mais moi, c’est assez», ajoute-t-il en parlant des autres commerces du coin.

Pertes importantes

Effectivement décidés à «attendre la lumière au bout du tunnel», ces commerçants voisins admettent que la situation est difficile. Les pertes sont parfois importantes et ils doivent avoir les reins solides.

«Juste depuis le début du mois, c’est 47 000 $ de pertes», affirme Bertrand de Lépinay, directeur du Portofino. «Je comprends qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, mais là, on espère que l’omelette va être bonne parce qu’elle nous coûte très cher.»

Les propriétaires de la Librairie La Liberté, qui a déménagé le 18 juin sur de l’Église, tentent tant bien que mal de garder le moral. Ils étaient au courant des travaux, mais n’imaginaient pas de telles conséquences.

«C’était difficile de se douter que les accès allaient être aussi compliqués», soulignent Christian et Héléna Laliberté, qui estiment la baisse de leur chiffre d’affaires à environ 50 %.

Coup de pouce souhaité

Ces commerçants auraient aimé un peu plus de soutien de la Ville dans tout le processus. Alors qu’aucune indemnisation n’est prévue (voir autre texte), certains anticipent ce qui s’en vient.

«Ils nous matraquent de travaux pendant quelques années et après, quand tout va être beau, les taxes vont augmenter. Mais ont-ils pensé qu’avec les pertes, on n’aura peut-être plus tant les moyens de payer ces hausses-là? Peut-être qu’un congé de taxes ou une réduction pendant les travaux aurait pu aider», suggère Geneviève Bolduc-Duval, propriétaire du Crackpot Café, qui déplore que, chaque année, il y ait une tuile qui s’abat sur les petits entrepreneurs.

Le directeur du Portofino assure quant à lui que les commerçants commencent à discuter d’éventuels recours. Le propriétaire du Shack, Mathieu Girard, confirme aussi les discussions.

«On s’est dit qu’on allait se serrer les coudes et s’il y a quelque chose, on va faire front commun. On va en reparler en septembre ou octobre quand les choses vont s’être tranquillisées et qu’on pourra compter ce qu’on a perdu», soutient M. de Lépinay, sans donner plus de détails pour l’instant.

Ils sont à bout

«Je suis tanné. Il y a du monde qui s’en fout complètement [de l’impact des travaux]. Ils ne réalisent pas que pour nous les commerçants, ça revient très cher»

– Mathieu Girard, propriétaire du Shack Resto-Bar

«Ils nous disent que ça va être beau et que ça vaut la peine, mais encore faut-il résister pour arriver à voir les effets positifs. [...] Pour l’instant, on ne vit que dans l’espoir d’un monde meilleur»

– Christian Laliberté, propriétaire de la libraire La Liberté

«Ça fait trois ans que je suis prise dans les chantiers. Il y a eu les condos devant, là c’est la rue. On dirait qu’il y a toujours quelque chose, qu’on n’en voit pas le bout»

– Geneviève Bolduc-Duval, propriétaire du Crackpot Café

«La Ville est à l’écoute, ils sont gentils. Mais ce n’est pas la gentillesse qui va renflouer les coffres et le compte de mes employés à qui je dois couper des heures»

– Bertrand de Lépinay, directeur du Portofino, qui estime qu’il perdra entre 55 000 $ et 60 000 $ durant le mois d’août.

La Ville n’a toujours pas l’intention d’indemniser

La Ville de Québec maintiendra sa décision de ne pas indemniser les commerçants de la route de l’Église, bien que le chantier ait des impacts majeurs sur leur chiffre d’affaires.

Même l’annonce de la fermeture du Shack Resto-Bar ne fera pas plier la Ville, qui garde la même ligne directrice que dans les autres secteurs en chantier.

«Tel que mentionné au début du chantier, on fait chaque année des travaux majeurs, des centaines de chantiers routiers et, non, il n’y a pas de programme d’aide financière qui sera mis en place», explique Wendy Whittom, porte-parole à la Ville de Québec, citant en exemple les trottoirs de la rue Saint-Jean en 2018, le réaménagement du chemin de la Canardière en 2016 ou la réfection de la Grande Allée en 2015.

Questionnée sur la fermeture du Shack et ses impacts, Mme Whittom s’est contentée d’ajouter que la Ville «est toujours désolée d’apprendre qu’un commerce ferme à Québec, peu importe la raison».

Mesures d’atténuation

Consciente des impacts sur les commerces du secteur, la Ville se défend tout de même en insistant sur les mesures d’atténuation mises en place.

Des rencontres d’information ont eu lieu, des accès sont maintenus en tout temps et un chemin temporaire pavé pour éviter la levée de poussière a été construit. Les commerçants ont également la possibilité de joindre un responsable en tout temps.

«Ils nous ont effectivement laissé le numéro de cellulaire du responsable qu’on peut joindre en tout temps. Ça, c’est apprécié», affirme Clément Beauchemin, du bar laitier Le Frisson.

Néanmoins, les commerçants précisent que la situation est difficile pour la clientèle.

«Malgré tout ce qu’ils ont fait, les gens nous le disent que c’est difficile d’accès. Il y a une partie de la clientèle qui a suivi, mais il y a aussi une partie qui est découragée», lance Héléna Laliberté, de la librairie La Liberté.