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Les trans manifestent pour un meilleur accès aux soins de santé

Étienne Paré | Agence QMI

Plusieurs centaines de personnes trans et leurs alliés ont manifesté dans les rues de Montréal dimanche après-midi pour dénoncer notamment le manque de services offerts à leur communauté dans le réseau de la santé.

Depuis la première Marche Trans, il y a six ans, changer de sexe légalement est devenu beaucoup moins compliqué au Québec. En 2016, l’Assemblée nationale a même permis aux personnes trans de moins de 18 ans d’officialiser leur statut sans avoir nécessairement à subir l’opération. Le consentement des parents et une lettre d’un spécialiste de la santé sont suffisants pour changer de sexe à l’état civil.

Or, avoir un rendez-vous chez un spécialiste est extrêmement difficile, a dénoncé le responsable d’Enfants transgenres Canada, Antoine Beaudoin Gentes.

«Il y a une pénurie de médecins et de spécialistes formés de façon adéquate pour comprendre leur démarche. Ici à Montréal, ça peut prendre un an avant d’avoir un rendez-vous. C’est beaucoup trop long», a-t-il expliqué.

Selon Antoine Beaudoin Gentes, il est toujours préférable de faire la transition le plus rapidement possible afin de ne pas prolonger inutilement la souffrance d’une personne qui n’a pas le sentiment d’avoir été affectée au bon sexe à sa naissance.

D’après Enfants transgenres Canada, environ une personne trans sur trois qui tente de s’enlever la vie a moins de 15 ans, une statistique doublement inquiétante quand on sait que 43 % des personnes trans font au moins une tentative de suicide au cours de leur vie.

Difficile aussi après la transition

L’accès au système de santé est non seulement difficile avant la transition, il l’est aussi pendant et après.

Comme le mentionne Antoine Beaudoin Gentes, il faut se lever de bonne heure par exemple pour trouver un médecin qui accepte de faire prescrire des bloqueurs d’hormones, un traitement très répandu chez les trans, même s’il n’est pas nécessaire pour être reconnu comme homme ou femme.

«Plusieurs médecins affirment ne pas avoir été formés pour avoir à traiter une personne trans. Je comprends, mais ils peuvent facilement se renseigner. Aux Îles-de-la-Madeleine par exemple, les médecins se sont renseignés parce qu’il y avait une demande et, depuis, les quelques personnes trans qui y vivent bénéficient de meilleurs services qu’à Montréal», a observé Marie-Pier Boisvert, directrice du Conseil québécois LGBT.

Dans la métropole, Mme Boisvert remarque que les médecins préfèrent se renvoyer la balle entre eux pour ne pas avoir un patient transgenre, car ils craignent à tort que ce soit trop compliqué.

Compliqué tout le temps

«Moi, je ne connais que deux cliniques qui acceptent de me prendre», a témoigné Harley Vescio, porte-parole du collectif Euphorie dans le genre qui a organisé la manifestation de dimanche.

Même pour des soins qui n’ont rien à voir avec l’anatomie, plusieurs médecins refusent de traiter des personnes trans.

«Je connais une personne trans qui avait un bras cassé et un médecin l’a référé à un autre médecin», s’est-elle insurgée, consciente qu’il y a encore du chemin à faire.