/regional/montreal/laval

A-440: la solution du ministre écartée depuis 2009

Jean-Louis Fortin | Bureau d'enquête

Le ministère des Transports (MTQ) entreprend deux études pour sécuriser l’échangeur des autoroutes 440 et 15, à Laval, où un grave accident a fait quatre morts et 15 blessés lundi.

Ces études sont nécessaires parce que la solution mise de l’avant par le ministre François Bonnardel après la tragédie ne fait plus partie des pratiques reconnues par son propre ministère depuis une décennie.

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, le MTQ a imposé un moratoire en 2009 sur les lignes de délimitation continues, qui visent à empêcher les automobilistes de couper à la dernière minute pour prendre une sortie d’autoroute.

Ce moratoire est encore en vigueur aujourd’hui, nous a confirmé hier Sarah Bensadoun, porte-parole du ministère. Il a été décrété parce que deux études livrées en 2009 et 2011 ont conclu que l’efficacité de cette mesure était « marginale » pour éviter les accidents.

La prolongation de la ligne de peinture continue à gauche de la voie de droite sur l’autoroute 440 est pourtant ce qu’a promis le ministre Bonnardel dès mardi.

« On va essayer rapidement de faire ça pour changer le comportement des automobilistes », avait-il affirmé après s’être rendu sur le terrain.

Une bonne idée ?

En coulisses, le même jour et moins de 12 heures après le drame, le MTQ a commandé ses deux études.

La première est un « avis de sécurité » qui permettra à un ingénieur de déterminer si la prolongation de la ligne continue pour forcer les automobilistes à s’engager plus tôt vers la sortie pour l’A15 nord est vraiment une bonne idée. Les conclusions devraient être connues dans les prochains jours.

Et si l’ingénieur concluait que cette mesure, qui n’est utilisée que dans des cas exceptionnels depuis 10 ans, n’est pas la bonne ? La porte-parole­­­ du MTQ n’a pas voulu s’avancer.

« Ce qui est sûr et certain, c’est qu’il y aura une intervention au cours des prochains jours [sur l’autoroute 440] », a-t-elle affirmé hier, soulignant que « l’objectif est de prolonger la ligne continue à la hauteur du boulevard Industriel ».

La deuxième étude lancée par le MTQ est beaucoup plus exhaustive. Elle vise à régler les problèmes de fluidité et de conciliation automobiles-poids lourds dans tout le secteur de l’échangeur des autoroutes 440 et 15, qui est « un peu plus achalandé que l’échangeur Turcot ».

Les experts mandatés par Québec se pencheront entre autres sur le débit de circulation, qui n’a fait qu’augmenter au fil des années avec le développement urbain effréné de Laval et de la couronne nord.

Tout mettre sur la table

Les types d’accidents répertoriés dans l’échangeur, de même que les mouvements de circulation et le différentiel de vitesse entre les différentes voies, feront partie des données analysées.

« Le mandat qui a été donné, c’est d’envisager toutes les options qui sont possibles », dit Sarah Bensadoun, incluant « la reconfiguration de bretelles ».

Selon elle, le MTQ n’avait pas entrepris d’analyse sur l’A440 avant la tragédie parce que « ce secteur-là n’était pas considéré comme accidentogène ».

Elle ajoute que la grande majorité des accrochages qui y étaient répertoriés s’étaient produits à basse vitesse et ne causaient que des dommages matériels.

Les plans du MTQ

La fin actuelle de la ligne de peinture continue empêche les automobilistes et camionneurs de s’insérer à la dernière minute dans la voie de droite pour aller prendre la voie de desserte et l’A15 nord.

Le ministre a promis de prolonger la ligne continue en aval. Un ingénieur a entrepris mardi de valider cette solution.

 

Dans la même catégorie