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Des repas potentiellement dangereux à un clic de chez vous

Geneviève Paradis | TVANouvelles.ca

Foodora, Uber Eats, les traiteurs, les Food Trucks, les «prêts à cuisiner» : l’offre alimentaire n’a jamais été aussi diversifiée au Québec.

Il existe aussi une économie alimentaire parallèle, où de plus en plus de particuliers offrent des plats cuisinés sur les petites annonces, dont Marketplace, et Kijiji.

Des salades, des soupes, des marinades, des sushis, des plats pour la famille, de la viande et toutes sortes de spécialités, et dans bien des cas on offre la livraison gratuitement.

Le problème, c’est qu’une bonne majorité des personnes qui proposent ces repas n’ont aucune certification du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) qui garantit la sécurité des aliments.

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Pour avoir le droit de vendre de la nourriture préparée à la maison, il faut détenir cette certification, mais également respecter d’autres règles.

Selon le MAPAQ, il faut notamment que les repas soient vendus directement aux consommateurs, la vente en gros d’aliments préparés dans une cuisine domestique est interdite, et la quantité de produits préparée à partir d’une cuisine domestique ne doit pas dépasser 100 kg par mois. Par ailleurs, lors de la préparation des aliments destinés à la vente, l’aire utilisée à cet effet doit être exclusive à la préparation d’aliments.

Nous avons parlé à plusieurs des personnes qui vendent de la nourriture sans permis pour en savoir plus sur leurs activités.

Une personne nous racontait que c’était sa mère retraitée qui faisait de la cuisine pour arrondir ses fins de mois. Un homme a expliqué qu’il vendait de la viande scellée qu’il avait eue à rabais. Une autre qu’elle faisait cela pour payer ses études.

«Réellement dangereux»

Pour Ginette Bourgeois qui a été inspectrice en salubrité pendant près de 30 ans et qui est maintenant formatrice, cette explosion de repas faits par n’importe qui est vraiment préoccupante.

«Ces personnes ne pensent pas et ne se soucient pas vraiment du problème de salubrité», explique-t-elle en entrevue à TVAnouvelles.ca.

«Il peut y avoir contamination, microbiologique avec des bactéries ou des virus qui fait en sorte que la personne peut subir une toxi-infection alimentaire. Quand la porte se ferme, on a aucune idée de ce qui peut se passer derrière. C'est réellement dangereux», avertit l’experte.

TVAnouvelles.ca fait le test

Nous avons fait le test pour voir à quel point il était facile, particulièrement sur Marketplace, l’outil de Facebook, de trouver de la nourriture non sécuritaire, et ce très rapidement.

L’achat s’est effectué en moins de 15 minutes, au centre-ville de Montréal.

Nous nous sommes rendus chez le cuisinier amateur, que nous appellerons Roger. Il vend des croquettes de poulet qu’il confectionne lui-même dans sa minuscule cuisine.

Il fait de grosses quantités une fois par semaine, qu'il congèle. Il jure qu’il ne les garde qu’un maximum de deux semaines, et se débarrasse de celles qui ne sont pas vendues.

Il dit avoir plus de 600 clients sur Facebook uniquement. Il nous montre même une liste de ses ventes des 12 derniers mois, qu’il compile soigneusement.

Nous avons aussi vu une jeune femme qui fait des mets cuisinés, mais sur la photo qu’elle présente, les plats sont photographiés directement sur le sol... Pas très appétissant!

Plats au sol

Martketplace

D’autres personnes qui ne sont pas certifiées en fond une véritable entreprise.

C’est le cas de Josée. Même si elle n’a aucun permis, elle offre des menus variés qui sont affichés chaque semaine. Elle nous propose même un forfait familial. Elle semble avoir un fort roulement, et beaucoup de clients, mais refuse de nous dire combien.

«Tu peux commander deux plats de cubes de porc et trois plats de couscous et du poulet piri piri. Voilà c'est un exemple, les clients font comme ça. Pour 175$ par mois, tu as un plat gratuit, 275$ par mois tu as 2 plats gratuits», nous explique-t-elle sur Messenger.

Le tout sans facture, et surtout, sans garantie de salubrité.

Un traiteur certifié dénonce

Dans nos recherches nous sommes aussi tombés sur un traiteur qui est certifié, mais qui cuisine à son domicile. La jeune femme a préféré conserver l’anonymat par peur de représailles.

Elle s’affiche sur Marketplace, mais elle pratique dans les règles de l’art.

Elle possède un permis et une certification en salubrité alimentaire du MAPAQ.

Elle constate que les annonces de cuisiniers amateurs se multiplient au cours des derniers mois, une forme de compétition inéquitable, puisqu’elle paye pour son permis.

Elle s’inquiète aussi pour la santé des clients potentiels, et souhaite que le MAPAQ soit plus proactif dans ses interventions.

Questionné à ce sujet, le MAPAQ a indiqué qu’il effectuait un recensement des activités de vente en ligne d’aliments afin de connaître les nouvelles tendances et adapter ses interventions.

Il invite également les consommateurs à dénoncer une personne qui vendrait des aliments qui ne sont pas sains ou sécuritaires par téléphone au 1 800 463-5023 ou encore en remplissant le formulaire en ligne.

Pas beaucoup moins cher

Nous avons aussi constaté que les prix des mets cuisinés n’étaient pas nécessairement économiques. Plusieurs des annonces que nous avons vues affichaient des prix comparables à un traiteur qui possède toutes les certifications.

Une chose est sûre, ceux qui préparent de la nourriture sans permis s’exposent à de lourdes amendes soit de 2 000 $ à 15 000 $, et jusqu’à 45 000$ en cas de récidive.