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Québec ouvert au privé pour informatiser le réseau de la santé

Patrick Bellerose | Bureau d'enquête

Courtoisie

Nouveau rebondissement dans la saga de l’informatisation du réseau de la santé: Québec évalue la possibilité de remplacer le logiciel Cristal-Net, en cours d’implantation à coup de millions de dollars de fonds publics, par une solution unique provenant de l’entreprise privée.

Le ministère de la Santé a récemment publié un appel d’intérêt pour la présentation d’une «solution d’affaires provinciale afin de soutenir l’ensemble des fonctionnalités d’un Dossier santé numérique». Ce système – aussi connu sous le nom Dossier clinique informatisé – permettra aux professionnels de la santé d’accéder aux informations médicales d’un usager partout à travers le réseau.

Pourtant, en 2015, le ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette, a annoncé que le logiciel Cristal-Net – développé par le CHU de Québec en partenariat avec le CHU de Grenoble, en France, au coût de 10 millions $ – deviendrait la solution unique utilisée à travers la province. Il faisait notamment valoir que le CHU de Québec «en détient l’entièreté des droits de propriété pour l’ensemble du territoire québécois».

Mais à son arrivée en poste, le ministre délégué à la Santé et aux services sociaux, Lionel Carmant, a suspendu la décision, permettant ainsi aux entreprises privées de conserver leurs contrats avec certains établissements. Le CUSM et le CHUM ont ainsi pu poursuivre avec le logiciel OACIS, développé par TELUS au coût de 132 M$. D’autres établissements utilisent pour leur part les solutions Quadramed et Purkinje.

Nouveaux coûts

Si Québec décide maintenant d’aller de l’avant avec une solution unique développée par le privé, la facture pourrait être salée. Au moment de déployer Cristal-Net dans l’ensemble du réseau, l’opération était évaluée à 700 M$. De plus, le système est déjà implanté dans le CIUSSS de la Capitale-Nationale et celui des Îles, de même qu’à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Sur les 34 établissements de santé du réseau, 13 mènent des travaux préparatoires pour son implantation.

Repartir à zéro retarderait également la mise en place d’un système commun, alors que l’informatisation complète du réseau avait été promise pour 2021.

Une source bien au fait du dossier reconnaît que Cristal-Net est moins développé que ses concurrents actuellement en utilisation ailleurs dans la province. Le système a été développé sur mesure pour le CHU de Québec, et des investissements sont nécessaires pour le déployer dans l’ensemble du réseau.

Une «Lada» qui nous appartient

«C’est comme une Lada, mais elle nous appartient», fait-on valoir, en précisant que le Québec éviterait ainsi de devenir dépendant d’un fournisseur privé à qui l’État confierait les données personnelles des Québécois.

Une porte-parole du ministère précise qu’il ne s’agit pas, pour le moment, d’un appel d’offres en bonne et due forme. La démarche vise plutôt à «aller voir ce qu’il y a sur le marché», affirme Noémie Vanheuverzwijn. Par la suite, Québec pourrait décider de conserver Cristal-Net, d’opter pour une solution unique privée ou de garder plusieurs systèmes en parallèle. «Toutes les possibilités existent», précise-t-elle.

Le ministre Lionel Carmant, actuellement en vacances, n’était pas disponible pour commenter cette semaine. Le président du Conseil du trésor, responsable des dossiers informatiques, a également décliné notre demande d’entrevue, tout comme le CHU de Québec.

Le Dossier santé numérique en bref

-Autrefois connu sous le nom de Dossier clinique informatisé.

-À l’origine, il devait être implanté dans tout le réseau en 2014.

-En 2015, le ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette, annonce que Cristal-Net deviendra la solution unique à travers tout le Québec.

À quoi servira le Dossier santé numérique?

-Rendre disponibles, en temps réel, l’ensemble des données médicales d’un usager, de la naissance à son décès.

-Partager des données avec l’ensemble des professionnels de la santé impliqués dans la prestation de soins.

-Fournir des indicateurs de gestion, de qualité et de performance.

-Alimenter des registres, comme celui sur le cancer, et le relevé quotidien sur la situation dans les urgences.

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