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Un geste impossible à expliquer par la logique

TVA Nouvelles

Comment une mère peut-elle tuer son enfant avant de s’enlever la vie? C’est la question que se posent des milliers de Québécois après le drame survenu dans les derniers jours dans un chalet de Lac-des-Plages, en Outaouais.

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Le Dr Gilles Chamberland, psychiatre à l’institut Philippe-Pinel, a rencontré la journaliste de TVA Nouvelles Marie-Anne Lapierre pour tenter de mieux comprendre ce qui a pu motiver ce geste hors de l’entendement.

Comment expliquer un tel geste?

«C’est difficile à comprendre si on veut juste y aller par la logique. On voit que c’est quelqu’un qui, objectivement, n’était pas si mal pris que ça : la relation avec son ex-conjoint allait bien, c’est une garde partagée, la fille va bien, elle-même est en santé. Ça souligne à quel point pour les gens qui souffrent de dépression, c’est souffrant et que c’est une maladie. Ce n’est pas nécessairement en lien avec les stresseurs qu’on peut vivre. Des gens peuvent être extrêmement souffrants, et pour nous, on pourrait ne pas comprendre. Il ne faut pas minimiser la souffrance des gens qui sont en dépression, même si selon nous, ils n’auraient pas de raison de l’être.»

Quel pourrait être l’élément déclencheur ?

«Une dépression, c’est multifactoriel. Il y a l’hérédité, qui fait qu’on est plus à risque d’être en dépression, plus ou moins sévère. Mais quand on perd des choses, son travail par exemple, notre réseau social se rétrécit, on investit plus les choses qui nous restent. Dans ce cas-ci, je pense que c’est une mère qui adorait sa fille. Si dans sa tête à elle, elle risquait de la perdre, c’est comme tout perdre à ce moment-là. C’est là que le désespoir peut arriver, en se disant ‘’Je n’ai déjà plus rien, si je perds ce qui me reste, ça ne vaut plus la peine de continuer’’. C’est le genre de raisonnement qu’elle a pu se tenir.»

Donc, personne n’est à l’abri de sombrer dans une dépression?

«Il y a des gens très solides, de qui on ne se douterait jamais qu’ils vont craquer tout à coup. Personne n’est à l’abri, il ne faut pas minimiser la souffrance. Ça peut arriver assez rapidement. C’est quand les gens n’ont plus d’espoir que la situation va s’améliorer que le danger est le plus grand.»

Comment aider un proche qui est dans un épisode dépressif?

«Une des pires choses à faire, c’est d’essayer de raisonner la personne en minimisant ce qu’elle vit. Elle ne le vit pas comme ça, et c’est indépendant de la réalité. Elle est souffrante, elle voit la vie avec des verres fumés noirs, tout est pénible, ça ne s’améliorera jamais. Le réflexe qu’on a de vouloir encourager les gens, ça ne peut qu’encourager la culpabilité. Ils vont faire des efforts, sortir, aller au restaurant, mais ils vont revenir chez eux et se sentir toujours aussi mal. C’est là que ça risque d’accentuer le découragement.»

«Quel conseil pourrait-on donner au père éprouvé?

«Ne pas se culpabiliser. Il y a des choses qui sont difficilement prévisibles. Les gens qui veulent vraiment se suicider, souvent ils n’en parleront pas, ils vont murir le projet, écrire des lettres. Il ne faut pas que l’entourage se culpabilise.»

Les infanticides commis par des mères sont assez rares?

«C’est assez rare. Il y a des infanticides alors que la mère est psychotique, délirante. On voit ça plus souvent quand les enfants sont en bas âge. Des suicides élargis de la part des mères, c’est rare, mais c’est quelque chose qu’on peut voir. Les mères vont projeter leur souffrance sur leur enfant, se disent que la vie est tellement difficile, il faut que je me sorte de cette vie-là, et je ne laisserai pas un enfant vivre une vie aussi difficile, surtout sans avoir de mère. Le réflexe de les emmener, c’est ce qu’on appelle le suicide élargi.»

 

Si vous avez besoin d’aide

Ligne québécoise de prévention du suicide

www.aqps.info

1-866-APPELLE (277-3553)

Jeunesse, J’écoute

www.jeunessejecoute.ca

1-800-668-6868

Tel-Jeunes

www.teljeunes.com

1-800-263-2266

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