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La famille de Jonathan Bettez a raison de poursuivre la SQ, selon des avocats

Agence QMI

Des avocats de la défense croient que la famille de Jonathan Bettez a raison de poursuivre la Sûreté du Québec pour 10 millions $.

«Il y a vraiment matière à poursuite. Les policiers bénéficient d’un large pouvoir pour faire des enquêtes, mais ils ne peuvent quand même pas faire n’importe quoi», a expliqué la présidente de l’Association des avocats de la défense de Montréal, Me Danièle Roy, en entrevue à TVA Nouvelles.

L’avocate criminaliste est très critique de la manière dont les policiers ont travaillé dans ce dossier. Au fil des années, ils ont tenté d’épingler Jonathan Bettez, principal suspect du meurtre de Cédrika Provencher, de différentes manières, en vain. En 2016, il a été arrêté pour possession de pornographie juvénile, mais Bettez a complètement été blanchi deux ans plus tard.

Lors de son acquittement, le juge a décrété que les éléments de preuve dans ce dossier avaient été obtenus de manière illégitime.

«À un moment donné, les policiers sont allés faire une perquisition dans les locaux de l’entreprise, mais les policiers ont ensuite avoué que ce n’était pas pour recueillir des preuves, mais pour susciter des réactions afin de faire de l’écoute électronique», a dénoncé Me Danièle Roy

L’avocate croit que cet événement a porté un grave préjudice à l’entreprise d’emballage de la famille Bettez à cause de l’importante couverture médiatique.

La descente aux enfers de leur entreprise est d’ailleurs l’un des facteurs qui ont motivé les Bettez à poursuivre la SQ.

Polygraphe

Dans le document déposé mercredi, ils ont également cité le coulage d’informations. Là-dessus aussi, Me Roy donne raison à Jonathan Bettez et sa famille.

«L’histoire du polygraphe, c’est du coulage épouvantable. Ce n’est pas vrai qu’il a refusé de le passer. Il avait accepté, mais son avocat avait posé certaines conditions, ce que tous les avocats professionnels vont faire. Les policiers les avaient acceptées, ils ont changé d’avis à la dernière minute», a-t-elle commenté.

Même si Jonathan Bettez n’a jamais été reconnu coupable de quoi que ce soit, Me Roy se désole de voir qu’il reste pour plusieurs personnes le coupable du meurtre de la petite Cédrika Provencher, dont les ossements ont été retrouvés en 2015, huit ans après sa disparition.

«C’est ça le dommage que ça fait. C’est dans des cas aussi émotifs que les innocents sont les plus en danger», a-t-elle conclu.

Pas gagné d'avance

Même si les policiers ont clairement fait des erreurs au cours de leur enquête, il sera cependant difficile pour les avocats de la famille Bettez d’en faire la preuve, selon le criminaliste Jean-Pierre Rancourt.

«Quand on veut prouver une faute des policiers ou du DPCP, il faut prouver que les erreurs étaient de mauvaise foi. Parfois, on peut faire des erreurs de bonne foi», a expliqué Me Rancourt sur les ondes de LCN.

Quant à la somme demandée par la famille pour compenser les pertes subies par leur entreprise, il sera plus facile pour le juge de prendre une décision.

«On sait par contre qu’au Québec, les juges sont un peu frileux de donner des montants importants, contrairement aux États-Unis», a nuancé Me Rancourt, qui s’attend à une longue procédure judiciaire.

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