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Des restos font la guerre au plastique

Hugo Duchaine | Journal de Montréal

Après les pailles, de plus en plus de chaînes de restauration du Québec troquent les contenants, ustensiles ou bouteilles en plastique pour des produits compostables.

« Tout ce qu’on peut éliminer en plastique, on va le faire », tranche Jack Gaspo, cofondateur des restaurants La Belle & La Bœuf.

Emboîtant le pas à de nombreux restaurateurs, il a remplacé l’an dernier les pailles en plastique par des pailles en carton.

Mais ce n’est plus le seul ennemi visé par l’homme d’affaires. Les 14 franchisés de la chaîne bannissent par exemple dès lundi tous les plastiques à usage unique, les remplaçant par des sacs pour emporter en carton, des contenants et ustensiles compostables. Ce sont 52 000 produits de plastique par an qui ne seront plus utilisés, représentant près de quatre tonnes.

« Ça nous a encore plus convaincus en faisant le calcul, ajoute M. Gaspo. C’est énorme, juste d’en parler, j’en ai des frissons. »

La décision est avant tout écologique et non économique, précise-t-il, puisque les produits compostables coûtent deux à trois fois plus cher.

Selon lui, la prochaine étape est un retour aux années 50 avec des bouteilles de ketchup ou de moutarde, en verre au lieu du plastique, même si ce n’est pas un usage unique.

Pas le seul

La Belle & La Bœuf n’est pas la seule chaîne à vouloir réduire sa pollution plastique. Depuis peu, six restaurants Pacini remettent les plats à emporter ou restants de table dans des contenants de carton recyclable.

L’expérience est concluante et sera bientôt élargie aux 30 bannières, selon le vice-président du marketing, Marc-André Rivard.

Il fait aussi valoir que Pacini a ouvert cet été un restaurant plus « vert » à Montréal, où les serviettes de table en tissu remplacent celles en papier. L’endroit s’est aussi équipé de laveuses et de sécheuses écologiques pour laver les uniformes sur place et éviter le transport en camion.

Comme d’autres, les bouteilles d’eau ou de boissons gazeuses en plastique n’existent plus.

Partout en province, les restaurants La Cage ont aussi opté pour des contenants et ustensiles compostables pour les commandes à emporter.

À la remorque

L’entreprise, qui compte plus de 50 brasseries sportives, fait affaire avec une firme afin de trouver les meilleures solutions environnementales. Le vice-président des communications, Marc Pelletier, souligne que les restaurants sont cependant « à la remorque des fournisseurs » dans ce qu’il leur est possible d’offrir aux clients.

Un sentiment partagé par Josée Vaillancourt, directrice des relations publiques au Groupe St-Hubert. Toutes les commandes sont livrées dans du carton recyclable, sauf pour les couvercles des pots de sauce BBQ et de salade de chou, fait-elle valoir.

La chaîne St-Hubert est aussi l’une des rares à composter dans la majorité de ses rôtisseries depuis quelques années.

« C’est sérieux notre démarche », dit-elle, ajoutant qu’elle est certifiée par Recyc-Québec.

Les efforts des restaurateurs sont de « petites victoires » dans la guerre contre le plastique, mais demeurent insuffisants, selon des experts.

« Théoriquement, c’est parfait », lance Sylvain Allard, professeur à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), à propos des contenants compostables.

Mais compostable ne veut pas dire automatiquement composté, fait-il valoir, donnant en exemple la crise du recyclage que vit actuellement le Québec, où les produits recyclables s’empilent sans être recyclés.

Encore faut-il que le consommateur puisse se départir des contenants de la bonne façon. Aussi, ces produits ont besoin de conditions bien précises pour se dégrader, sinon ils peuvent émettre du méthane, soit un gaz à effet de serre, poursuit-il.

« C’est intéressant dans un système de collecte et de prise en charge [des déchets] », dit-il, ajoutant qu’il ne faut pas s’attaquer uniquement au contenant.

Fausse bonne idée

« La solution ultime serait des contenants réutilisables », ajoute Sylvain Allard.

« C’est peut-être une fausse bonne idée », plaide à son tour le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard.

L’idéal demeure une réduction à la source, plutôt que de créer un autre produit jetable, selon lui. Un contenant pour emporter compostable risque de finir aux poubelles si le client choisit de manger son repas dans un parc, où les installations pour récupérer les déchets organiques sont rarissimes, donne-t-il en exemple.

Il refuse cependant de lancer la pierre aux restaurateurs, qui agissent, selon lui, avec « de bons sentiments ».

Mais il croit nécessaire de faire davantage d’éducation auprès des consommateurs. Les ustensiles jetables ne devraient simplement plus exister, croit-il.

« Si [le contenant compostable] se décompose au bout de cinq ans en site d’enfouissement, on a quand même gagné par rapport au polystyrène, ou styromousse, qui se dégrade dans 500 ans », essaie de voir M. Allard d’un œil optimiste.

 

 

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