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Vente d’Air Transat : «Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le Québec»

TVA Nouvelles

Les actionnaires de Transat ont largement approuvé vendredi matin l’offre d’achat à 18 $ l’action faite par son concurrent Air Canada. S’il s’agit d’une bonne affaire pour le conseil d’administration du voyagiste, ce n’est pas nécessairement le cas pour les voyageurs québécois.

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Inflation des prix, possibles pertes d’emplois et manque de concurrence : les tenants et aboutissants de la vente de Transat à Air Canada ne sont pas encore connus, mais déjà, l’inquiétude est vive chez certains experts. «Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le Québec», a tranché Michel Girard, chroniqueur financier au Journal de Montréal.

C’est qu’Air Canada n'a fourni aucune garantie quant au maintien à long terme du siège social de Transat à Montréal et des 5000 emplois qui y sont liés. Et même si le PDG du voyagiste, Jean-Marc Eustache, a voulu se montrer rassurant devant les médias au sujet de l’avenir de la compagnie dans le giron d’Air Canada, des pertes d’emplois sont inévitables, selon les experts.

«Dans une fusion, il y a toujours des pertes d’emploi», rappelle l’expert en finance et gouvernance Michel Nadeau.

«D’ici un an ou deux, il y aura peut-être quelques centaines d’emplois qui auront disparu et ce seront principalement des anciens employés d’Air Transat», prédit-il.

Les grands gagnants de la transaction ne sont donc ni les consommateurs, ni les fournisseurs, ni les employés de Transat, souligne Michel Girard.

«Le grand gagnant, c’est le conseil d’administration et la haute direction de Transat, qui “passe au cash”. Le grand patron (Jean-Marc Eustache) va encaisser pas loin de 28 millions de dollars, souligne le chroniqueur. Ensuite, il y a Air Canada, parce qu’en mettant la main sur Transat, il se défait d’un gros concurrent.»

Loin d’être terminé

L’approbation de l’offre d’achat d’Air Canada par les actionnaires de Transat était la première de plusieurs étapes avant la conclusion de l’alliance entre les deux transporteurs. Les dirigeants de Transat devront maintenant répondre aux questions du ministère des Transports et, surtout, du Bureau de la concurrence.

«On sait que Transat, c’est l’un des principaux concurrents d’Air Canada», rappelle Michel Girard. «Est-ce que la concurrence va se maintenir? J’en doute beaucoup. Est-ce qu’en termes de prix, ce seront des prix compétitifs? Voyons donc...», s’inquiète-t-il.

Michel Nadeau rappelle de son côté qu’ensemble, Air Canada et Air Transat offrent 62 % des sièges vers l’Europe. «Ça veut dire que les deux tiers des places pour aller en Europe l’été prochain seront offertes par Air Canada, explique-t-il. [...] La tentation, ce n’est pas de baisser les prix, c’est certain.»

Reste qu’à son avis, l’absence d’autres joueurs québécois dans le marché limite le spectre d’actions que pourrait prendre le Bureau de la concurrence dans ce dossier.

«S’il y avait eu un autre joueur québécois, on aurait pu vendre la moitié d’Air Transat à Air Canada et l’autre moitié à l’autre transporteur, mais il n’y a qu’Air Canada», note l’expert, qui rappelle que les autres transporteurs comme Sunwing et WestJet ne sont pas basés au Québec.

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui a manifesté son intérêt à titre personnel pour acquérir le transporteur, croit lui aussi que cette transaction n’augure rien de bon pour les consommateurs québécois.

«On connaît les pratiques d’Air Canada, a-t-il déclaré en entrevue sur les ondes de TVA Nouvelles. [...] Lorsqu’il y a de la concurrence, les prix baissent et lorsqu’il n’y en a pas, les prix montent.»

Il cite en exemple les vols régionaux opérés par Air Canada au Québec.

«Essayez d’aller faire un tour à Sept-Îles sur Air Canada! lance l'homme d'affaires. Ça va vous coûter aussi cher, sinon plus cher, que d’aller à Paris. Pourquoi? Parce que dans un cas, il y a de la concurrence et dans l’autre il n’y en a pas.»

Pour sa part, Michel Girard s’attend à ce que plusieurs groupes de pression fassent valoir leur point de vue en défaveur de la transaction devant le Bureau de la concurrence. À l’issue du vote des actionnaires, un membre du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), Willie Gagnon, a d’ailleurs déclaré avoir «l'impression d'assister à des funérailles».

Malgré l’opposition de quelques actionnaires, dont le patron de Québecor Pierre Karl Péladeau, la vente à Air Canada a été approuvée avec une écrasante majorité de près de 95 %.

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