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La prison réclamée pour avoir conduit à 150 km/h

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

Simon Lefebvre, au palais de justice de Laval, le 24 avril dernier.

Martin Alarie

Simon Lefebvre, au palais de justice de Laval, le 24 avril dernier.

La Couronne réclame au moins quatre ans de détention pour un jeune homme qui a conduit comme « un fou dangereux » en sortant d’un bar de Laval, causant une spectaculaire collision ayant fait un blessé grave et un mort.

Rouler sans ceinture à environ 150 km/h sur un boulevard dans une voiture aux freins usés, alors qu’on est en état d’ébriété, et griller trois feux rouges sur un kilomètre environ : tous les éléments étaient réunis pour qu’une tragédie survienne.

Et c’est exactement ce qui s’est produit dans la nuit du 4 mai 2017, vers 3 h, à Laval.

Au volant de sa Volkswagen Golf modifiée, Simon Lefebvre a percuté de plein fouet une Toyota Corolla, à l’angle du boulevard des Laurentides et de la rue Grenon.

D’après le rapport du reconstitutionniste, la voiture de l’homme de 20 ans s’est ensuite renversée sur le toit, elle a dérapé sur plusieurs mètres avant de percuter un baril de construction et un second véhicule, pour finalement retomber sur ses roues.

Tolérance zéro

Simon Lefebvre a passé plus de deux semaines dans le coma. Un rétrocalcul du niveau d’alcoolémie a démontré un taux dépassant d’environ une fois et demie la limite permise.

Le jeune homme, qui avait aussi des traces de cannabis et de cocaïne dans le sang, était détenteur d’un permis avec une tolérance zéro aux intoxicants.

Il n’a aucun souvenir de ce soir-là. Il a été choqué en voyant une vidéo de la scène captée par une caméra de surveillance.

« Moi, ce que je perçois, c’est un fou dangereux. Je sais que je ne suis pas de même comme personne », a-t-il dit.

L’autre conducteur a été gravement blessé. Anastasios Papageorgopoulos a eu une commotion cérébrale et des fractures au bassin et au visage.

Quant au passager de la Volks, qui n’était pas attaché, il a été tué sur le coup.

L’impact a été si violent que Makenson Juste, 21 ans, aurait été éjecté de l’habitacle si son pied n’était pas resté coincé entre son banc et le tableau de bord écrasé.

Simon Lefebvre a plaidé coupable à des chefs de conduite dangereuse ayant causé la mort et des lésions en janvier dernier, au palais de justice de Laval.

La juge Kathlyn Gauthier doit maintenant déterminer combien de temps le jeune homme passera derrière les barreaux.

Grosse erreur

Lors des observations sur la peine, en juin dernier, la Couronne a réclamé entre quatre et cinq années de pénitencier, suivies de cinq à sept ans d’interdiction de conduire.

« Je comprends qu’il ne s’est pas levé ce matin-là en se disant : “Moi, je vais aller tuer mon meilleur ami et blesser une autre personne.” [...] [Dans ce genre de dossier], ce sont des individus qui ne sont pas criminalisés qui vont faire une erreur, une grosse erreur, qui va avoir des conséquences désastreuses », a plaidé Me Oliver Bérard-Riccardelli, qui officie avec Me Amélie Joannette.

La défense suggère plutôt une peine de 90 jours de prison discontinus, afin que l’accusé poursuive ses études collégiales.

« C’est la première fois qu’il est accusé devant une cour de justice. La réhabilitation, c’est le principe principal », a soutenu Me François Bordeleau.

Le criminaliste a beaucoup insisté sur le fait que son client était actuellement en thérapie pour soigner une dépendance au cannabis qu’il traîne depuis l’adolescence.

La juge tranchera dans deux semaines.

Ce qu’ils ont dit

« Je n’arrive toujours pas à prendre en compte que mon petit frère n’est plus là. [...] J’étais toujours avec lui depuis sa naissance. On était tellement proches. »

– Markens Juste, frère de la victime décédée

« Il n’a pas seulement tué son ami, il m’a tué aussi. J’ai peur et je suis anxieux de conduire. Je suis paranoïaque, alerté et effrayé aux intersections. [...] J’ai peur de dormir la nuit parce que je crains de ne pas me réveiller. »

– Anastasios Papageorgopoulos, conducteur de l’autre véhicule

« Je me suis dit tellement de fois : pourquoi ce n’est pas moi qui suis mort. Il ne méritait pas ça. Ça m’a pris beaucoup de temps pour me remettre sur pied et simplement vivre en paix avec moi-même. [...] Je suis sincèrement désolé. »

– Simon Lefebvre, accusé

« Simon, il paye depuis deux ans pour cette situation-là. La pire sentence, pour lui, ça va être d’avoir à vivre avec ça pour le restant de ses jours. »

– Sylvie Fanzolato, mère de l’accusé