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Aide aux médias: le modèle français à éviter?

Depuis lundi, plusieurs médias et organisations réclament une implication de l'État et une aide significative aux médias qui traversent une crise sans précédent. En France, il y a une longue tradition de soutien financier aux médias d'information. Est-ce que le Québec devrait s'en inspirer? Peut-être pas, croient certains experts.

La France représente l’un des modèles les plus généreux en termes d’aide aux médias. La presque totalité des médias d'information reçoivent l'aide du gouvernement, l'équivalent de plus de 2 milliards et demi de dollars canadiens chaque année.

«Si on devait retirer cette aide aux journaux français, je pense qu'on aurait des catastrophes», affirme Benjamin Vincent, qui a été rédacteur en chef au journal «Le Figaro».

M. Vincent explique que les aides sont «soit directes, soit indirectes, sous forme de crédits d'impôt, déductions fiscales».

«Les tarifs postaux aussi sont très, très bas», ajoute-t-il.

À titre d’exemple, l’équivalent de 8,7 millions de dollars canadiens par année est versé au journal «Libération», et plus de 8 millions de dollars canadiens sont accordés au «Figaro».

Cet arsenal de subventions et de crédits qui auraient toutefois un effet pervers sur l'industrie. Nicolas Poirier est propriétaire d'une agence de publicité.

«En fait, c'est un petit peu comme de la morphine, soutient Nicolas Poirier, propriétaire d’une agence de publicité. C'est doux au moment où ça passe, mais la réalité, c'est que ça ne résout absolument pas le problème.»

Il soutient que ces subventions «incitent les médias à s'appuyer dessus, à se dire qu'ils peuvent compter sur cet argent, et que si, à un moment donné, ils ont un problème, ils en auront de toute façon plus parce que c'est ce qui arrivait jusqu'à maintenant, chaque fois».

Selon lui, la presse française est devenue dépendante du gouvernement. Et à force de recevoir des millions, les modèles d'affaires se sont affaiblis.

«Donc, finalement, ça ne résout aucun problème et ça n’amène même pas ces médias, finalement, à se poser la question: "Qu'est-ce qu'on peut faire pour devenir vraiment rentables par nous-mêmes et, en tout cas, répondre à la demande du public?» indique M. Poirier.

Pour affronter la crise des médias, l'aide gouvernementale est loin d'être une baguette magique.

«C'est sûr que le système français n’est pas du tout idéal, renchérit Benjamin Vincent. Mais malheureusement, il est devenu encore plus indispensable que quand il a été inventé.»

Selon Nicolas Poirier, les médias qui s'en sortent le mieux aujourd'hui sont ceux qui ont résolu ces questions-là sans les aides gouvernementales.

«Par exemple, "Le canard enchaîné", ce journal-là est le seul journal rentable en France aujourd'hui, dit-il. Il refuse de toucher des aides, donc c'est quand même un exemple très particulier.»

Un constat s'impose. Aujourd'hui, les médias français tiennent pour acquis l'aide financière de l'État. C'est précisément ce qu'a critiqué le Conseil du Trésor français l'an dernier en parlant d’un modèle susceptible de pénaliser l'innovation et l'émergence de nouvelles voix.

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