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Les camionneurs voient venir la crise dans le rétroviseur

Francis Halin | Journal de Montréal

Gilbert Thibault, propriétaire de Transport Gilmyr, à Montmagny, dont la moitié des 135 camions parcourent les routes des États-Unis, sent de plus en plus le ralentissement économique chez nos voisins du Sud.

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Gilbert Thibault, propriétaire de Transport Gilmyr, à Montmagny, dont la moitié des 135 camions parcourent les routes des États-Unis, sent de plus en plus le ralentissement économique chez nos voisins du Sud.

Les camionneurs, qui sont souvent les premiers à ressentir les effets d’une baisse de l’activité économique, commencent à voir les premiers signes d’une récession dans leurs rétroviseurs, a constaté Le Journal.

« Si ça continue à baisser comme ça, il y a des chances qu’en février ou en mars, on ait soit un ralentissement économique ou une récession », laisse tomber Benoit Therrien, président de Truck Stop Québec, un média qui compte plus de 200 000 membres de l’industrie.

Aux États-Unis, plus de 2500 camionneurs ont perdu leur emploi cette année, rapporte Business Insider.

Pire encore, les cargaisons ont chuté de plus de 37 % au mois de juillet par rapport à la même période l’an dernier, toujours selon le magazine.

Un essoufflement que ressentent de plus en plus les camionneurs québécois qui brassent des affaires aux États-Unis, comme Gilbert Thibault, propriétaire de Transport Gilmyr, à Montmagny, avec ses 60 camions qui sillonnent le pays de Donald Trump.

« Il y a un ralentissement économique qui s’est amorcé. On le sent avec les manufacturiers. Les commandes sont moins là », partage l’homme d’affaires, dont les camions reviennent moins remplis qu’avant des États-Unis.

Nervosité

S’il n’est pas prêt à prononcer le mot « récession », Gilbert Thibault estime que le ralentissement américain pourrait gagner la province. « On ne le sent pas au Québec, mais ordinairement, quand les Américains toussent, on attrape le rhume », illustre-t-il.

« On sent qu’on arrive dans un tournant de l’économie où il y a peut-être un petit resserrement », partage de son côté Pascal Gaudet, vice-président et actionnaire de la québécoise Trans-West, dont le chiffre d’affaires dépasse les 100 millions $.

Même si l’entreprise tourne à plein régime comme jamais grâce à ses 200 camions, M. Gaudet constate la même nervosité. « On n’est pas en état de panique, loin de là, mais on sent que le téléphone sonne un petit peu moins », précise l’homme d’affaires.

De son côté, le spécialiste de l’industrie René Tremblay note aussi que les camionneurs reviennent moins chargés qu’avant de leurs voyages aux États-Unis.

« Les retours des États-Unis sont plus difficiles dans la région de New York ou du New Jersey. Les gars montent du stock là-bas, mais ils ont plus de difficulté à en ravoir pour leur retour ici », observe celui qui enseigne au Centre de formation en transport de Charlesbourg (CFTC).

Une préoccupation

Pour sa part, le PDG de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux, se dit préoccupé par la situation, mais refuse pour l’instant de parler de récession.

« On a une préoccupation. On est en mode veille. Quand le président américain brasse un peu le pommier, on a des réactions du marché », explique-t-il.

Selon lui, après des mois plus difficiles, le mois d’août semble annoncer une embellie, ce qui est un bon signe pour l’industrie, qui a la réputation de ressentir les effets d’un cycle économique « bien avant d’autres secteurs », souligne-t-il.

Un constat partagé par le directeur général du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie du transport routier au Québec, Camo-Route, Bernard Boulé, qui dit ne pas subir encore les effets négatifs du ralentissement américain.

« La pénurie s’accentue. On ne sent pas de ralentissement. Au contraire, avec le commerce électronique, il y a même un volume qui vient s’ajouter », conclut l’homme.