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Mue érable: le voyage intérieur

Gabriel Beauchemin

 - Agence QMI

Joël Lemay / Agence QMI

Le danseur Charles-Alexis Desgagnés présentera lundi soir, dans le cadre du Festival Quartiers Danses, son tout nouveau spectacle à travers lequel le chorégraphe souhaite illustrer les grandes transformations, physiques et mentales, que l’on peut traverser au cours d’une vie.

C’est une véritable expérience introspective que propose Charles-Alexis Desgagnés, connu du grand public depuis sa participation remarquée à l’émission «Révolution» de TVA. Inspiré par les granthis, trois nœuds intérieurs à dénouer selon la tradition yogique, celui du ventre, celui du cœur et celui de la tête, le danseur a voulu représenter à travers son prochain spectacle intitulé «Mue érable» ces différents états spirituels.

«J’ai travaillé avec ces trois pôles-là, très structurants pour la pièce. Ce que ça veut dire pour moi le cœur dans le mouvement, ce que ça veut dire le ventre, ce que ça veut dire la tête. Ce qui est intéressant, c’est que chaque nœud est associé à une peur», explique d’emblée Charles-Alexis Desgagnés.

«Tu as la peur d’être seul, la peur de mourir et la peur d’être fou, donc c’est très cyclique. Je navigue à travers plein d’états», poursuit le danseur, également chorégraphe pour ce spectacle solo d’une durée de 40 minutes.

À ces trois grands nœuds à dénouer se joint un décor tout en morceaux de tissus, colorés, éparpillés au sol, de manière à illustrer encore davantage l’idée d’une transformation, tout autant physique que mentale.

«J’ai trouvé ensuite l’idée des tissus, qui font partie de la scénographie, qui peuvent être identifiés comme des peaux ou des parties émotionnelles, des parties mentales, des parties spirituelles ou des parties physiques, explique le chorégraphe. Ça représente au fond le bagage qu’on traîne tout le temps avec nous et qui nous alourdit.»

Pour le danseur, ce spectacle, sur lequel il a commencé à travailler dès l’été dernier avec quelques étudiants et danseurs professionnels, représentait ainsi une façon d’explorer ces différents états d’âme tout en lui permettant de se dépasser personnellement avec ce nouveau défi.

«J’aime bien me placer en dehors de ma zone de confort, des zones qui vont me forcer à muer si on veut, poursuit le chorégraphe. C’est un peu une parabole pour imager tout ce qu’on laisse derrière, ce qu’on choisit de laisser derrière, ce qu’on est forcé de laisser derrière, ce qu’on choisit de garder avec nous, c’est ce qui nous forme en tant qu’être humain.»

Une danse accessible

S’il y a un défi que le chorégraphe se donne dans sa pratique de la danse, c’est bien celui de la rendre le plus accessible possible. Même si la discipline commence de plus en plus à prendre une place importante dans l’univers culturel québécois, beaucoup reste encore à faire.

«Malheureusement, les gens ont souvent l’impression que la danse contemporaine ce n’est pas fait pour eux, ou qu’ils n’en ont pas vu assez pour la comprendre. On dirait que j’ai envie de changer ça. Les gens ne disent pas ça du cinéma ni de la musique», explique Charles-Alexis Desgagnés.

Effectivement, même si la danse commence à se populariser au sein des festivals comme à la télévision, l’impression selon laquelle il s’agirait d’un art dont l’accès est moins facile qu’un autre reste encore à défaire.

«Ce n’est pas parce que tu n’aimes pas un film d’un tel réalisateur que tu vas arrêter d’écouter des films pour le restant de tes jours. C’est la même chose avec la danse», soutient-il.

«Révolution»

Participant à la première saison de «Révolution» en septembre 2018 à TVA, le chorégraphe prétend justement que ce genre d’émission peut contribuer à rendre la danse plus accessible.

«Ma mentalité avec "Révolution", ça a été de me dire: comment je peux changer ça de l’intérieur, présenter quelque chose que j’ai envie de voir personnellement à la télé, et en venir à influencer un peu les gens, poursuit Charles-Alexis Desgagnés. J’ai envie d’utiliser la visibilité que j’ai eue avec "Révolution" pour amener les gens à aller voir ailleurs aussi, et à réaliser qu’il y a plein d’autres possibilités.»

Le spectacle «Mue érable» sera présenté lundi soir à 20 h à la Cinquième salle de la Place des Arts.

Démocratiser la danse

Tout comme le souhaite Charles-Alexis Desgagnés, le Festival Quartiers Danses, qui en est à sa 17e édition, a toujours eu comme objectif de rendre la danse accessible au plus grand public possible.

Pour son directeur, Raffik Hubert Sabbagh, le mandat ne s’est jamais altéré et se répercute à travers la très vaste programmation de l’événement, dont les spectacles ont lieu tout autant à l’extérieur qu’en salle.

«Comme tous les ans, on met la danse dans la rue, dans huit quartiers, comme ça les gens peuvent avoir la danse en plein visage, indique celui qui est également fondateur de l’événement. On le fait pour l’accessibilité, pour la démocratisation, et les gens se rendent compte que la danse n’est pas si inaccessible que ça.»

«Si un homme ou une dame sort d’un spectacle en se disant: "moi, je ne peux pas rien dire, je n’ai pas compris", c’est que le ou la chorégraphe aura été nul. Un vrai artiste, un vrai créateur, peut rejoindre un large public. Si on ne le rejoint pas, eh bien c’est bon pour les laboratoires, c’est bon pour le milieu intellectuel, pour la recherche, mais ce n’est pas bon pour tout le monde», poursuit le directeur de l’événement.

Pour Nicolas Archambault, danseur et chorégraphe québécois, qui est interprète cette année au sein de la pièce «Porcelain», présentée le 11 septembre à la Cinquième salle de la Place des Arts, l’ambition toujours renouvelée que porte le festival d’aller chercher le plus large public possible est essentielle.

«Le Festival Quartiers Danses fait un très bon travail pour démocratiser la danse, et plus précisément la danse de création en présentant des spectacles dans des endroits accessibles, en remplissant la ville de danse, à la fois dans des salles, mais aussi dans des lieux publics. Ça permet aux gens de s’arrêter, parfois juste un instant, pour recevoir la danse à leur rythme, dans le contexte qui leur convient.»

La 17e édition du Festival Quartiers Danses sera présentée du 6 au 15 septembre dans plusieurs quartiers de Montréal.