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En vedette dans la série «Alerte Amber», Frédéric Pierre se confie sur ses racines

Michèle Lemieux |  Agence QMI

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Frédéric Pierre ne manque pas de projets. En plus de participer à diverses séries télé, entre autres la nouveauté «Alerte Amber», il tiendra bientôt la vedette dans la pièce afro-américaine «Héritage».

L’occasion était belle de parler justement de son héritage et de celui qu’il désire à son tour laisser à ses enfants.

Frédéric, nous vous verrons à la rentrée chez Duceppe dans la pièce «Héritage». Est-ce un rôle important pour vous?

Oui, «Héritage» est une adaptation de l’oeuvre «A Raisin in the Sun», un classique afro-américain écrit par Lorraine Hansberry. C’est la pièce noire qui a probablement été la plus jouée aux États-Unis. Au Québec francophone, ce sera la première fois qu’on verra une distribution noire sur scène. Sur les neuf personnages, il n’y a qu’un seul blanc. On suit les Younger, une famille de travailleurs dans les années 1950, à Chicago. Le père est décédé, et un héritage de 10 000 $ est à venir - ça représenterait environ 100 000 $, aujourd’hui. C’est beaucoup d’argent, mais ça ne change pas la vie. Chacun a son rêve, ses aspirations. On sent les tiraillements au sein de la famille... La pièce tourne autour des rêves et des difficultés à les réaliser. C’est universel et profondément humain. Il y a le contexte de ségrégation raciale aux États-Unis, mais nous ne jouons pas l’oppression. L’oppression, on ne la porte pas en nous, elle nous est imposée par l’extérieur.

Avez-vous le sentiment que les choses ont changé sur ce plan?

Pas tant. Les enjeux restent les mêmes. Il y a encore des gens extrêmement racistes aux États-Unis. Ils ont pris la rue. Ils ont tué des gens. L’évolution est lente pour l’être humain.

Vous intéressez-vous depuis longtemps à l’histoire des Noirs en Amérique et à leurs combats?

Oui, c’est une histoire que je connaissais déjà; je m’y suis intéressé très jeune. Comme je suis un grand fan de jazz, à travers les documentaires que j’ai regardés, j’ai pu cerner le contexte social des années 1950. En même temps, je suis toujours prudent: le fait d’être un Noir ne m’octroie pas le droit de croire que je comprends ce que ces gens ont vécu. Non, je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est que de sortir dans la rue et de voir les policiers lancer leurs chiens après moi. Mais j’ai beaucoup de compassion pour ces personnes. Je suis noir et je suis capable de comprendre ce niveau de racisme qu’ils vivaient à l’époque.

Le titre de la pièce est «Héritage». Pour votre part, quel est le plus important que vous ayez reçu?

Mon père est décédé en 2011 d’un cancer. Il a eu un premier cancer, il a été opéré et il s’est rétabli. Puis est survenue la récidive, et il est décédé, deux mois plus tard. Nous avons eu le temps d’en parler. Mon père m’a appris à mourir. C’est son héritage. Il a pris sa mort en main. Il a appelé tous ses amis et leur a annoncé que la fin était proche. Il a pris le temps de les remercier pour ce qu’ils avaient fait pour lui. Il a réglé des conflits avec certains de ses proches. Il est parti en paix.

Il a donné un exemple particulièrement inspirant...

Dans notre culture occidentale, la mort est évacuée. On n’affronte pas cette question. Deux ou trois ans avant son cancer, nous avons beaucoup discuté de ce sujet, lui et moi. Et à ce moment ultime, il nous a donné en effet un bel exemple. C’est lui qui a demandé qu’on arrête de s’acharner et qu’on le laisse partir. Il était dans l’action. Je sais que, si j’apprenais que j’allais mourir, je ferais comme lui. Je réglerais tout ce qui doit l’être. Je partirais en paix. Sur une note plus joyeuse, je dois mentionner que mes parents m’ont légué quelque chose d’inestimable: l’amour du théâtre. C’est grand. Quand nous étions enfants, ils nous avaient abonnés chez Duceppe, ma soeur et moi. C’est dans cette salle que l’envie de faire du théâtre m’a pris.

À votre tour, que désirez-vous léguer à vos enfants?

C’est une question que je me pose souvent. J’aimerais réussir à les influencer intérieurement, à faire en sorte qu’ils ne rejettent pas toute l’éducation ou toutes les valeurs que j’aurai essayé de leur transmettre. J’aimerais qu’ils puissent se référer à certains enseignements et se dire que leur père avait raison. Je voudrais leur laisser un héritage spirituel.

Quels sont les rêves que vous portez comme acteur, comme père, comme homme?

Dans ma démarche de vie des dernières années, j’ai vraiment ¨focussé¨ sur l’instant présent. J’essaie d’accepter ce qui est. Je suis prudent avec les rêves, les désirs, car par nature, ils sont accompagnés de déceptions. Je prends ce qui vient. Puisque j’ai des enfants, je désire qu’ils soient heureux. Je sais qu’ils vont vivre leur lot de souffrances, d’inquiétudes, d’anxiété. Mon grand rêve, c’est de les voir devenir des adultes et qu’ils soient bien. C’est la base... L’idée, ce n’est pas d’éviter les tempêtes, mais d’apprendre à les gérer et à les traverser.

Vous jouez dans «Alerte Amber», une série très attendue. Quel rôle y tenez-vous?

Je joue Renaud Magloire, un sergent enquêteur de l’escouade spéciale pour les personnes portées disparues. C’est un beau personnage, un homme qui se consacre, nuit et jour, à rechercher ces enfants disparus. On le voit dans la série: quand une alerte Amber est déclenchée, les premières heures sont cruciales. Renaud n’a pas de famille. C’est un gars de terrain et d’action. On sent qu’il a du vécu. Le scénario de Julie Hivon est fort, et notre réalisateur, Stéphan Beaudoin, a fait un travail incroyable!

Avez-vous tourné dans d’autres projets?

Cet été, j’ai terminé les tournages de «5e rang» et de «La Maison Bleue», de Ricardo Trogi et que diffusera Radio-Canada. Et j’ai encore joué dans «Ladies Night». Le projet finira en mai 2020. Ça représente neuf années très importantes dans ma vie. Je vois plus ma gang de «Ladies Night» que mes amis ou même ma mère! (rires)

«Héritage» sera présentée chez Duceppe du 4 septembre au 5 octobre (duceppe.com). Frédéric joue aussi dans «Alerte Amber» qu’on découvrira dès le lundi 9 septembre, à 21 h, à TVA, ainsi que dans «5e rang», de retour le mardi 10 septembre, à 21 h, à Radio-Canada. On peut l’entendre à Véro et les Fantastiques, diffusée du lundi au jeudi à Rouge FM, à 16 h.