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Il reste du travail à faire pour donner toute la liberté aux scientifiques fédéraux

Émilie Bergeron | Agence QMI

ÉMILIE BERGERON/AGENCE QMI

À l'aube du déclenchement des élections fédérales, divers intervenants du secteur de la science au Canada invitent les partis politiques à financer davantage la recherche et à donner les coudées franches à la conseillère scientifique en chef.

Peu de temps après leur arrivée au pouvoir, en 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont voulu marquer une cassure avec l’ère Harper et «redonner ses lettres de noblesse à la science».

Les dix années au pouvoir de l’ex-premier ministre conservateur sont connues pour avoir été celles du musellement des scientifiques de l’appareil fédéral. Tous s’entendent aujourd’hui pour dire que les chercheurs gouvernementaux peuvent s’exprimer beaucoup plus librement aux journalistes et au public.

Or, d’aucuns estiment aussi que le réinvestissement fait par le gouvernement Trudeau dans les programmes de recherche scientifique est insuffisant.

«Je connais des chercheurs dont 80 % de leur temps ne sert plus à faire de la science, mais à gérer administrativement leur équipe», a relevé Jean Bérubé, chercheur québécois au service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada.

Le scientifique basé à Québec explique que, dans plusieurs divisions scientifiques de ministères, de nombreux postes abolis sous Harper n’ont pas été comblés à nouveau. Un scientifique peut donc se retrouver à faire des embauches d’employés temporaires et à remplir de la paperasse, plutôt qu’à exercer son champ d’expertise.

En deçà des attentes

«Les chercheurs sont pas mal déprimés», a renchéri le président de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec, Michel Rochon, qui parle couramment avec des experts gouvernementaux.

«Quand Harper est parti, les organismes subventionnaires de la recherche au Canada ne donnaient pas beaucoup d’argent et on se battait pour les sous. On pensait que Trudeau allait rouvrir les vannes et ce n’est pas ce qui s’est produit», a-t-il soutenu.

Depuis 2016, Ottawa a investi plus de 10 milliards $ dans la science, la recherche et les personnes au cœur de ce pôle d’activités, peut-on lire sur le site web du ministère de l’Innovation.

Or, l’enveloppe de 1,7 milliard $ sur cinq ans accordée en 2018 aux conseils subventionnaires et instituts de recherche ne suffit qu’à «arrêter l’hémorragie», estime M. Rochon.

M. Bérubé abonde dans le même sens. L’écart dans le financement des programmes de recherche, accumulé durant les années Harper, n’a pas été entièrement comblé.

«[Pendant des années], on a été obligés de ne faire que l’essentiel. Mais quand tu travailles sur la protection des forêts, faire l’essentiel, c’est un peu comme [être] le pompier qui va éteindre le feu sur une cuisinière. Par contre, le toit de la maison fuit, la fondation commence à craquer, il y a des infiltrations», a donné en exemple le chercheur.

La science, un enjeu électoral?

Rencontrée au courant de l’été, la conseillère scientifique en chef Mona Nemer admet qu’il reste du travail à faire pour que les scientifiques fédéraux puissent pleinement déployer leur savoir-faire.

Elle estime toutefois que ses avis fournis au conseil des ministres ont bien été pris en compte dans la prise de décisions politiques. Ses pouvoirs sont toutefois limités au chapitre du financement.

«Mon souhait en vue des élections est qu’on ait au Canada, de façon pérenne, un système d’avis scientifiques qui ne dépend pas du gouvernement du jour et du bon vouloir d’un gouvernement», a-t-elle dit.

Tous les partis politiques fédéraux ont assuré à l’Agence QMI avoir l’intention de maintenir le poste de conseillère scientifique en chef du Canada, à l’exception du Parti populaire de Maxime Bernier.

Reste toutefois à voir si la science occupera une place importante dans les débats qui animeront la campagne électorale.

«Quand les élections arrivent, c’est rare qu’on parle de science et, pourtant, la science est si importante, a déploré Mme Nemer. On pense qu’on est à l’abri de certaines dérives parce qu’on est un pays démocratique et évolué, mais il ne faut rien prendre pour acquis.»