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Aide médicale à mourir : «On va avoir deux sortes de suicides»

TVA Nouvelles

La décision d’une juge de la Cour supérieure du Québec d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir a déçu le Collectif des médecins contre l’euthanasie, qui craint de voir apparaître «deux sortes de suicide».

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Dans sa décision, la juge Christine Baudouin a tranché que l’aide médicale à mourir sera dorénavant disponible aux personnes dont la mort n’est pas prévisible à court terme. Jusqu’à ce jugement, les patients qui pouvaient se prévaloir de cette mesure devaient obligatoirement être considérés en fin de vie.

Pour Me Michel Racicot, qui représente le Collectif des médecins contre l’euthanasie, cette décision «dénature» la loi québécoise sur les soins de fin de vie.

«Si on enlève ce critère (être en fin de vie), on transforme l’aide médicale à mourir non plus en une aide au mourant, mais ça devient presque une mort sur demande pour des gens qui souffrent, mais qui ont encore peut-être une longue période de vie devant eux», plaide-t-il.

À une époque où le gouvernement injecte des milliers de dollars pour réaliser des campagnes pour la prévention du suicide, Me Racicot se questionne sur le message que ce jugement envoie à la société.

«On va avoir deux sortes de suicides : le bon suicide, qui va être l’aide médicale à mourir pour les personnes qui ne sont pas en fin de vie – parce que c’est une forme de suicide, il ne faut pas se le cacher – et le mauvais suicide, qu’on essaie de prévenir.»

Pour l’accompagnement

Sans nier la présence de souffrances physiques, mais surtout morales, chez les personnes atteintes de maladies dégénératives, par exemple, Me Racicot soutient que des alternatives existent.

«Ce pour quoi on plaide, nous, c’est pour l’accompagnement, c’est pour les soins palliatifs, c’est de ne pas laisser tomber les membres de nos familles qui sont dans cette situation-là.»

Il évoque le cas d’un proche atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA), qui lui a récemment dit ne pas vouloir de l’aide à mourir, mais plutôt d’une «aide à vivre».

«Si vous saviez les difficultés que ces gens ont à se faire aider par notre système de santé et notre système social, vous comprendriez que peut-être ces gens-là sont poussés vers l’aide médicale à mourir.»

L’avocat propose d’ailleurs une réflexion : «On dit souvent qu’on mesure la qualité d’une société par la façon dont elle prend soin des personnes qui sont plus vulnérables. [...] Est-ce qu’on veut, au Québec et au Canada, une culture de mort, ou plutôt une culture de vie, d’accompagnement, de soins?»

Avec ce jugement rendu mercredi, Nicole Gladu et Jean Truchon, les deux citoyens aux prises avec de graves problèmes de santé derrière le dossier, pourront demander l’aide médicale à mourir dès qu’ils le souhaitent. Ils ne pourront cependant pas recevoir l’aide médicale à mourir avant le délai de six mois accordé par la juge afin que Québec et Ottawa modifient leur législation pour étendre son accès aux personnes qui ne sont pas en fin de vie imminente.

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