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Élever ses enfants pèse lourd sur les finances d’une retraite

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

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À 58 ans, Léa s’inquiète beaucoup pour sa retraite. Elle a élevé ses quatre enfants, ce qui l’a gardée loin du marché du travail pendant un certain temps. Aujourd’hui célibataire, elle se demande de quoi elle vivra durant ses vieux jours.

Prenant une grande part des responsabilités familiales, Léa a quitté le marché du travail plusieurs années afin de pouvoir s’occuper de ses enfants. Récemment, elle a décroché un emploi à temps plein qui lui rapporte 40 000 $ par année.

Les montants à la retraite

Durant sa vie active, Léa a œuvré pour un employeur grâce auquel elle a accumulé 50 000 $ dans un compte retraite immobilisé (CRI). Le CRI est une sorte de REER avec des restrictions particulières, qui permet de transférer le montant accumulé du régime de retraite ou du fonds de pension d’un ex-employeur dans un compte à l’abri de l’impôt. Pour recevoir un revenu à la retraite, on peut notamment transférer son CRI dans un fonds de revenu viager (FRV), et ce, au plus tard avant la fin de l’année où le détenteur atteint 71 ans.

Hormis ce CRI, Léa ne dispose pas d’économies ni de placements. Pour sa retraite, elle ne pourra donc compter que sur les pensions gouvernementales. À 65 ans, elle devrait toucher environ 7000 $ par année en RRQ et une pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) de 7200 $, soit des revenus totaux de 14 200 $, évalue André Lacasse, planificateur financier chez Services financiers Lacasse.

Pour vivre correctement, Léa aurait besoin de 21 000 $ net annuellement, il y a donc un manque à gagner de 6800 $. De quelle façon pourra-t-elle y parvenir ?

Stratégie proposée

André Lacasse indique que compte tenu de ses faibles revenus, Léa aura droit au Supplément de revenu garanti (SRG) versé par le gouvernement fédéral à partir de 65 ans. Elle touchera donc 6000 $ de plus par an. Si on ajoute le SRG à la PSV et au RRQ, on arrive à un total de 20 000 $. Rappelons que, grâce aux crédits auxquels les retraités ont droit, elle ne paiera pas d’impôt sur un tel revenu.

Par ailleurs, son emploi actuel lui permet de mettre de côté 500 $ par mois. « Elle devrait déposer ces montants dans un CELI. Si on calcule un rendement de 4 % par an jusqu’à ses 65 ans, elle pourrait accumuler environ 48 000 $, ce qui lui donnera un peu de latitude dans son budget à la retraite », explique André Lacasse.

Quand devrait-elle penser à convertir son CRI en FRV et commencer à toucher une rente ? « Elle ne doit pas le convertir trop tôt, mais garder cet argent pour plus tard, car sinon son revenu augmentera trop, et le SRG sera amputé. Il est préférable d’attendre le plus tard possible, c’est-à-dire l’année qui suit son 71e anniversaire. En revanche, les retraits du CELI étant non imposables, cela n’affectera pas le SRG », souligne André Lacasse.

Conseils

Attention : si votre revenu annuel, excluant la PSV, dépasse 18 239,99 dollars, vous n’êtes pas admissible au SRG. Ces montants sont à jour pour 2019, mais sont ajustés chaque année. Pour en savoir plus, consultez le site du gouvernement fédéral : https://bit.ly/2wBBXOL.

De nombreuses femmes sont pénalisées à la retraite, car pour élever leurs enfants, elles ont quitté le marché du travail pendant quelques années ou ont opté pour le travail à temps partiel. Non seulement elles épargnent moins dans leur REER et leur CELI, mais les rentes de retraite étant calculées en fonction du revenu gagné durant la vie active, cela crée une iniquité supplémentaire.

Comment combler le fossé ? André Lacasse mentionne que le conjoint pourrait, par exemple, cotiser au REER de sa conjointe durant les années où elle demeure à la maison pour s’occuper des enfants. De plus, il faut se rappeler qu’en cas de séparation, contrairement aux femmes mariées, les conjointes de fait n’ont aucune protection relative au patrimoine familial. C’est d’ailleurs le cas de Léa. Un contrat de vie commune est une excellente façon de rééquilibrer la situation.