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Bar ouvert pour enquêter sur les fuites

Jean-Louis Fortin | Bureau d'enquête

Québec a déjà englouti plus de 736 000 $ de fonds publics pour faire la lumière sur les fuites journalistiques et les méthodes d’enquête à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Selon des informations dévoilées par le ministère de la Sécurité publique, en vertu d’une demande d’accès à l’information, cette somme avait été dépensée en date du 8 août.

Elle a été utilisée pour payer les frais reliés aux huit enquêteurs retenus par le ministère pour le projet d’enquête Serment, à partir du 25 octobre 2018.

Le total, très exactement de 736 176,18 $, comprend près de 590 000 $ en salaires.

À cela s’ajoutent plus de 128 000 $ en frais d’hébergement, car le ministère a dû louer des appartements pour les enquêteurs contractuels qui habitaient loin des bureaux de Longueuil où ils se rendent travailler chaque jour.

En vertu de sa Directive concernant les frais de déplacement des personnes engagées à honoraires, le ministère a également dû fournir des véhicules à tout ce beau monde. Résultat : plus de 15 500 $ en locations de voitures ainsi que plus de 4700 $ d’essence.

Québec indique que tous les contrats des enquêteurs qui ont été embauchés graduellement à partir du 25 octobre 2018 et jusqu’au 1er mai 2019 se terminent le 31 mars 2020. Il ne précise pas si les mandats pourraient être renouvelés après cette date.

Autres coûts à prévoir

La facture du projet Serment sera assurément beaucoup plus élevée que ces chiffres préliminaires. D’abord, parce que l’enquête n’est pas terminée. Ensuite, parce que le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), qui s’est vu confier la responsabilité du projet, y a également affecté six de ses propres enquêteurs, pour un total de 14 limiers.

Le coût de ces employés rattachés au BEI n’est pas comptabilisé dans les chiffres fournis par le ministère, mais le 12 août, le quotidien La Presse révélait qu’ils gagnent ensemble un salaire annuel total de plus de 677 000 $.

C’est l’UPAC qui avait elle-même entrepris d’enquêter sur de possibles fuites au sein de son organisation, en 2017.

L’opération avait été déclenchée par le patron Robert Lafrenière après des reportages de notre Bureau d’enquête sur le projet Mâchurer de l’UPAC, qui s’intéresse aux allégations de financement illégal au Parti libéral du Québec.

Les manœuvres policières ont toutefois viré au fiasco quand le député à l’Assemblée nationale Guy Ouellette a été appâté dans le stationnement d’un restaurant en banlieue de Québec pour être arrêté. Il n’a finalement jamais été accusé et poursuit aujourd’hui le gouvernement.

À la suite de cet épisode largement médiatisé, ce sont les méthodes utilisées à l’UPAC sous la gouverne de Robert Lafrenière qui ont commencé à susciter des questions, après que son numéro deux André Boulanger est passé à la confesse auprès du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Dans la foulée, Robert Lafrenière a quitté son poste le jour de l’élection générale du 1er octobre 2018. Le BEI a alors été mandaté par Québec pour reprendre l’enquête sur les fuites, mais aussi pour investiguer sur la façon dont étaient menées les opérations policières à l’UPAC.

Communications inappropriées

Cette saga a également entraîné la suspension du directeur de la Sûreté du Québec, Martin Prud’homme, lequel aurait eu des communications inappropriées avec Robert Lafrenière pendant l’enquête du BEI, selon nos informations.

La semaine dernière, notre Bureau d’enquête révélait également que la lieutenante Caroline Grenier-Lafontaine, une subalterne de Robert Lafrenière, avait été suspendue, car elle était soupçonnée d’avoir « orienté faussement » l’enquête sur Guy Ouellette.

– Avec la collaboration de Marie Christine Trottier

La facture s’allonge

Frais d’hébergement 128 248,40 $

Frais d’essence 4742,57 $

Location de véhicules 15 543,27 $

Honoraires professionnels 587 641,94 $

Total 736 176,18 $ en date du 8 août 2019

Source : ministère de la Sécurité publique