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Cinq grandes villes françaises interdisent les pesticides

Agence France-Presse

Part of the Tuileries Garden in Paris in springtime

An-T - stock.adobe.com

Paris et quatre autres grandes villes françaises ont interdit jeudi l'utilisation des produits phytosanitaires chimiques sur leur territoire, rejoignant la bataille anti-pesticides lancée par des maires ruraux dans l'espoir de faire pression sur le gouvernement.

Dans les pas du maire de Langouët (ouest), dont l'arrêté interdisant l'utilisation des pesticides chimiques à moins de 150 mètres des habitations a été suspendu par la justice, Paris, Lille, Nantes, Grenoble et Clermont-Ferrand ont signé des arrêtés interdisant complètement et immédiatement l'utilisation de ces produits sur leur commune.

Cette décision vient amplifier le mouvement de fronde anti-pesticides, désormais mené par plusieurs dizaines de petites communes rurales françaises qui reprochent au gouvernement son inaction dans ce domaine.

«Nous connaissons le statut juridique de tels arrêtés mais il s'agit pour nous d'engager une démarche concertée pour faire changer la loi et concourir à la sauvegarde du patrimoine inestimable de la biodiversité sur nos territoires et de la santé de nos concitoyens», ont écrit les cinq municipalités dans un communiqué commun.

S'agissant de grandes villes et non de communes rurales abritant des cultures, cette action est en grande partie symbolique. La loi interdit en effet déjà depuis 2017 l'utilisation de produits chimiques par les collectivités pour entretenir les espaces verts et la voirie.

Même interdiction depuis janvier pour les particuliers et jardiniers amateurs qui ne peuvent plus utiliser que des produits phytopharmaceutiques d'origine naturelle.

Il ne restait donc plus que les espaces verts privés non ouverts au public, comme les copropriétés et les terrains gérés par les entreprises, notamment la compagnie ferroviaire SNCF, grande utilisatrice de glyphosate pour désherber ses voies et leurs abords immédiats.

Malgré tout, l'annonce des cinq grandes villes va «contribuer à amplifier le débat», s'est réjoui Stéphen Kerckhove, de l'ONG Agir pour l'environnement. «Il faut bien comprendre que les pesticides ne concernent pas que les agriculteurs», a-t-il insisté.

«Beaucoup de maires ruraux se sont positionnés, mais cet enjeu est aussi un enjeu des métropoles et des aires urbaines. Sur notre territoire, nous avons des espaces industriels ou des emprises SNCF qui peuvent être encore traités», a renchéri Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand.

«Il faut protéger les habitants de notre ville, c'est plus qu'un principe de précaution», a déclaré de son côté à l'AFP Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris.

Citant une étude non publique, elle a estimé que la surface potentielle concernée représentait environ 600 hectares dans la capitale.

Les mairies sont bien conscientes qu'elles s'exposent, comme les précédentes, à des recours des préfets devant la justice administrative. Mais leur démarche est aussi politique. Pour «faire plier le gouvernement», a insisté Stéphane Baly, président du groupe des élus écologiste à Lille.

En réponse à ce vent de fronde, le gouvernement envisageait de fixer à 5 ou 10 mètres, selon les cultures, la distance minimale entre les habitations et les zones d'épandage de pesticides, mais les écologistes et les associations dénoncent des mesures minimalistes.

La ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne a ironisé jeudi sur l'annonce des cinq grandes villes, évoquant sur Twitter un «#coupdecom».

Le ministère s'est étonné de la volonté de «faire plier le gouvernement» de la part de grandes villes «assez déconnectées des réalités que représentent les problèmes de pesticides pour les communes rurales et agricoles».

«Il y a des pesticides dans les grandes villes, il y a une problématique en coeur de ville. Ce n'est pas anecdotique», a répondu Florence Presson, adjointe au maire de Sceaux (banlieue parisienne), au nom du Collectif des maires anti-pesticides.

Mardi, des élus et militants associatifs avaient appelé les maires de France à multiplier les arrêtés anti-pesticides et à «submerger» la consultation en ligne lancée par le gouvernement, qui a déjà recueilli plus de 11 000 commentaires depuis lundi.

Selon eux, 54 communes urbaines ou rurales, ainsi que le département du Val-de-Marne adjacent à Paris, ont pris de tels arrêtés, sans compter les cinq nouvelles villes.

De nombreux recours ont été déposé par les préfets.