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De la vague orange à l'alerte orange

Antoine Robitaille

 - Agence QMI

Ça va plutôt mal pour le Nouveau Parti démocratique en ce début de campagne.

Après avoir rencontré l’ancien député de Beauport-Limoilou, de 2011 à 2015, Raymond Côté, jeudi matin, je me suis dit que ça allait très mal. Voire très très mal!

Au restaurant Cosmos Lebourneuf à Québec où je l’ai rejoint vers 7 h 20, je lui lance, entre deux gorgées de café, «on est loin de la vague orange». Rappelez-vous, c’était en 2011: 59 députés néo-démocrates au Québec, avec 42,9 % des voix!

«On en est très loin et on est les artisans de notre propre malheur. Carrément», tranche Côté.

Le NPD est désargenté. A dû faire un emprunt hypothécaire sur l’édifice qu’il possède pour financer sa campagne.

Pas question de noliser un avion dans ces conditions, le chef Jagmeet Singh circulera dans le Dominion à bord de vols commerciaux. Le NPD a bien fait sourire lorsqu’il a tenté de faire passer cela pour une vertu verte: «On produit moins de GES.» Ben oui...

À Québec, la disette se traduit par un «grand vide, admet Côté, on part avec deux prises contre nous.»

Le déclenchement est fait et le NPD n’a pratiquement pas de candidat dans les sept comtés de la capitale: «Tommy Bureau, a été investi dans la circonscription de Québec lundi. Enfin!», lance Côté, toujours militant, et même président de l’association néo-démocrate de Beauport-Limoilou.

Parité rigide

Côté a même contribué à la recherche de candidats et de candidates. «Sans grand succès je dois l’admettre!»

À ses yeux, une des sources des ennuis du NPD à Québec (outre les sondages) est la règle renforcée de la parité, donc autant de femmes que d’hommes, dans les candidatures.

«Je défends ce principe bec et ongle», souligne-t-il avec insistance avant de dire qu’au NPD, c’est un «échec».

«Je suis un ancien législateur, je sais que la loi c’est une chose, mais la mise en application, c’en est une autre.»

En tentant d’atteindre cet idéal, le parti «s’est obstiné» à bloquer plusieurs «investitures dans la région», déplore Côté.

Cela, note-t-il, a «démotivé les quelques militants qui avaient encore le feu dans les yeux et étaient prêts à aller à la guerre! C’est triste, [ils] sont maintenant désemparés, ne comprennent pas».

Est-ce la raison pour laquelle il en est venu à renoncer à briguer les suffrages sous la bannière orange? Il nie. «J’ai regardé la réalité en face. Je n’avais pas les moyens de prendre le risque de prendre un congé sans solde.»

Idéalisme

À écouter Côté, on comprend que l’idéalisme du NPD peut être une force, mais, lorsque le pouvoir s’est approché, ce fut une faiblesse.

«Après le décès de Jack, le NPD a eu bien du mal à gérer son rôle d’aspirant au pouvoir.»

Côté dit adorer ce «parti d’idées» où il milite depuis 15 ans, mais auquel il est fidèle depuis près de 40 ans. Il en apprécie les militants qui raffolent «débattre de questions de fond» et qui «coupent les cheveux en quatre» et s’échinent sur «chaque virgule du programme».

Mais «l’instinct du tueur», qui vous fait accéder au pouvoir, «on ne l’a jamais vraiment intégré».

Aussi, il regrette d’avoir voté, lors du congrès d’Edmonton en 2016, après la défaite, pour la résolution qui désavoua le chef Thomas Mulcair, ce qui a forcé le déclenchement d’une course à la direction.

«On s'est tiré dans le pied. On n’a pas respecté notre propre tradition, être tolérants avec nos chefs perdants!» Pensons à Ed Broadbent et Alexa Mcdonough.

Cela ne fait pas de Côté un adversaire du chef Jagmeet Singh, bien au contraire. Il voit dans cet être «éminemment sympathique» un potentiel d’un Jack Layton nouveau genre qui pourrait profiter de l’actuelle campagne. «Mais il est tard. On l’a presque caché pendant des mois. Et rappelons-nous que ça a pris plus de huit ans à Jack avant d'installer son personnage.»

Et d’ici là, il y aura le scrutin du 21 octobre. Il faut sonner l’alarme orange, semble dire Côté, un passionné de sondage...

Or, une renaissance, même timide, du Bloc se profile. Ainsi qu’une vogue (à défaut d’une vague) verte, nourrie par l’«urgence climatique».

«Il y a un vrai danger de marginalisation pour le NPD, j’en suis conscient», admet-il.