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La campagne des fantômes

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

La campagne électorale vient à peine de commencer, la question de l’urne n’est pas encore bien définie. Se transformera-t-elle en référendum sur Justin Trudeau?

C’est le scénario que les libéraux veulent à tout prix éviter, conscients que leur chef n’a pas été à la hauteur des voies ensoleillées promises aux Canadiens. D’ailleurs, comment aurait-il pu l’être, après avoir tant gonflé les attentes?

Ne pouvant plus faire rêver, Justin Trudeau propose de «Choisir d’avancer». C’est pourtant bien ancré dans le passé qu’il a lancé sa campagne mercredi.

Le fantôme de Stephen Harper

Quoi de mieux pour faire oublier ses travers que de brandir une menace terrible. Les libéraux ont trouvé l’adversaire parfait: Stephen Harper.

C’est bien le fantôme de celui qui n’a pas mis les pieds aux Communes depuis quatre ans que le chef libéral a ressuscité devant les portes de Rideau Hall.

Le spectre de l’austérité et des horribles coupures de l’ex-gouvernement conservateur plane sur le Canada semble-t-il. Voilà pourquoi il faut offrir un deuxième mandat à Justin Trudeau et son équipe.

Que le gouvernement Harper ait permis au Canada de surmonter la pire récession depuis des décennies, sans sabrer dans les transferts aux provinces, en bonifiant systématiquement les transferts en santé, est secondaire.

C’est tout le reste qui compte. Les choix stratégiques des conservateurs de Harper érigés en symboles de leur obscurantisme: les coupes en culture, l’obsession avec la loi et l’ordre, les scientifiques, les tactiques politiques divisives, la méfiance face aux réfugiés syriens, le style impérial de ce premier ministre distant.

La stratégie est simple: ramener la campagne sur le terrain de 2015, avec ses symboles et son espoir qui furent si payants pour les libéraux.

Le problème,  direz-vous, c’est que l’adversaire de 2019 est Andrew Scheer.

Le fantôme de l’avortement et les autres

C’est oublier que les libéraux ne sont pas à court de fantômes. Celui de l’avortement a déjà fait ses preuves.

La performance de la candidate conservatrice pro-vie Rachel Willson jeudi a même réussi à amener de l’eau au moulin. Aux côtés de son chef, dans une banlieue convoitée de Toronto, elle a fermement refusé de dire si oui ou non elle tentera de déposer un projet de loi privé sur le sujet. Tant que le chef conservateur ne fermera pas la clé à double tour, l’avortement demeurera une arme efficace pour mobiliser la base libérale et courtiser le vote des femmes.

Bien sûr, tous les fantômes ne sont pas tendres pour Justin Trudeau. Celui de SNC-Lavalin est revenu le hanter dès les débuts de la campagne.

C’est sans compter le fantôme de la laïcité. Sur ce front, le chef libéral semble finalement avoir décidé de s’assumer. En tenant tête à François Legault et en refusant de renoncer à tout recours contre la loi 21, il risque de se mettre à dos un électorat francophone essentiel à sa réélection. Sur ce dossier, cependant, Justin Trudeau a le courage de ses convictions.

Avec tant de fantômes en si peu de temps, peut-être ne faut-il pas se surprendre que jeudi soir, le fantôme, c’était Justin Trudeau lui-même. Le lutrin vide au débat du magazine Maclean’s s’est fait un plaisir de nous le rappeler.