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Inondés deux fois, ils sont sans logis depuis 2017

Valérie Gonthier | Journal de Montréal

Agence QMI, Maxime Deland

Des citoyens qui sont toujours sans logis après avoir été inondés deux fois en deux ans se sentent abandonnés et implorent le gouvernement de les aider.

« Ça fait plus de 800 jours que je paie pour un condo dans lequel je ne peux même pas vivre. J’ai une femme et un bébé, nous sommes carrément sans abri », lance Graham Checkland.

L’homme de 39 ans est propriétaire depuis 13 ans d’un condo de la rue du Pont, à Sainte-Geneviève, dans l’ouest de l’île de Montréal. Pendant les premières années, il avoue avoir bien profité de la magnifique vue que lui offre la Rivière-des-Prairies, à proximité de son condo. Mais son cauchemar a débuté lors des inondations de 2017.

Rapidement, l’eau a monté jusqu’à quatre pieds de haut dans son condo, situé au sous-sol de l’immeuble. À l’époque, M. Checkland et sa conjointe avaient tout fait pour tenter de limiter les dégâts, jusqu’à ce que les pompiers les forcent à quitter les lieux par souci de sécurité.

« 100 % du logement a été détruit. L’eau a tout ravagé, il ne restait que les murs », se souvient-il.

Pas le temps d’emménager

Les huit condos situés au sous-sol de l’immeuble ont tous subi le même sort. Une indemnité a été versée au syndicat de condo pour la reconstruction. Mais des problèmes avec ce syndicat auraient retardé le début des travaux, qui ont finalement pu être entamés quelques mois plus tard.

En avril dernier, M. Checkland et sa famille s’apprêtaient à emménager dans leur condo rénové. Mais la montée des eaux a contrecarré leurs plans. Leur logement de 450 pieds carrés a été à nouveau inondé.

Lorsqu’il a fait l’acquisition de sa propriété, M. Checkland dit s’être assuré qu’il n’y avait jamais eu d’inondation à cet endroit, situé dans une zone 20-100 ans. Cela signifie qu’il y avait une chance sur 100 d’être inondé chaque année.

« Deux inondations depuis 2017, on n’est vraiment pas chanceux. Il va falloir qu’on nous aide pour qu’on puisse souffler », insiste M. Checkland.

Il implore le gouvernement de racheter son condo, avant qu’il ne fasse faillite. D’autant plus qu’il lui est maintenant impossible de le vendre.

« Ce qu’on me propose en ce moment, c’est de reconstruire à nouveau mon logement. On me dit : “C’est correct, retournez vivre là avec votre bébé.” Ça n’a pas de sens, dès qu’on arrive ici, on sent cette odeur d’humidité », s’insurge M. Checkland, remettant en doute la qualité de l’air dans son condo.

Arrêt de travail

« Ça me coûte environ 1000 $ par mois d’hypothèque, de frais de condo et de cotisations spéciales. Là, je commence à être serré financièrement », lance-t-il, ajoutant être obligé de loger chez son père avec sa famille pour éviter d’être à la rue.

Celui qui est concierge dans une commission scolaire est si stressé par toute cette affaire qu’il est en arrêt de travail depuis juillet dernier.

« Je me sens abandonné. Je suis tellement découragé que le gouvernement ne prenne pas la peine de venir prendre connaissance de mon histoire personnelle. Je leur laisse des messages et on ne retourne même pas mes appels », déplore-t-il.

Le maire a écrit à la ministre pour aider ses citoyens

Le maire d’arrondissement où habite Graham Checkland s’inquiète de la situation de ce dernier et de ses voisins, au point où il a interpellé la ministre de la Sécurité publique.

Dès que Normand Marinacci, maire d’arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, a été mis au fait de l’histoire de Graham Checkland en juillet, il s’est dit concerné.

En ce qui a trait aux indemnisations après des inondations, cela ne relève pas de la juridiction de l’élu. Il a malgré tout exprimé ses inquiétudes dans une lettre à la ministre Geneviève Guilbault, afin de lui demander de régler la situation rapidement.

Répit

« Ce que j’ai soumis à la ministre, c’est que, dans cet immeuble-là, il y a huit personnes qui habitent au sous-sol, qui est inondé année après année. Ma suggestion est donc de racheter ces condos. Dans le cas d’une autre inondation, il faudra peut-être mettre des pompes au sous-sol, mais au moins, il n’y aura aucun résident affecté », explique-t-il.

Il est d’avis qu’il serait important de permettre aux gens de quitter volontairement.

« Cela éviterait à nos citoyens de vivre des expériences traumatisantes à chaque inondation », a écrit le maire Marinacci dans sa lettre à la ministre, envoyée au début du mois.

« Ces citoyens et ces familles sont au bord de la faillite, il est temps pour le gouvernement d’assouplir les règles et de permettre un peu de répit à ces gens », a-t-il ajouté, précisant que les condos sont évalués à plus ou moins 85 000 $.

Héritage investi

Un voisin de M. Checkland, Dany Morin, espère que cet appel à la ministre sera entendu. « Depuis 2017, ma vie est bloquée. Je ne peux pas avancer, j’ai peur de faire faillite et de perdre mon crédit », souffle le propriétaire de 34 ans, précisant avoir investi tout l’héritage reçu après la mort de sa mère pour acheter son condo en 2014.

Au bureau de la ministre Guilbault, on confirme avoir récemment reçu la lettre du maire Marinacci.

« Nous avons pris connaissance de la situation, nous sommes en train d’analyser le dossier et nous allons répondre sous peu », a indiqué au Journal le directeur des communications de la ministre, Jean-François Del Torchio.