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Le parti de Toronto

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

En entendant la chanson de campagne de Justin Trudeau, j’ai eu une pensée pour Denis Coderre.

En 2009, il avait démissionné comme lieutenant politique de Micheal Ignatieff sous prétexte que le « parti était dirigé de Toronto ».

C’est exactement ce qui semble s’être passé avec la désormais néfaste «chanson de campagne » du Parti libéral du Canada.

Google translate 101

Que le parti ait eu le réflexe de demander à un groupe torontois de reprendre sa chanson dans ses rassemblements, ça s’explique. Les Strumbellas sont un groupe canadien très populaire, ils ont gagné un prix Juno en 2017.

Bien que One Hand Up ressemble davantage à une chanson digne d’une série télé, elle incarne à merveille le style Trudeau. Oser être différent, oser avoir de l’ambition, ne pas avoir peur des critiques, oser surtout changer les règles établies. Tout est là, surtout quand il s’agit de motiver les jeunes électeurs qui lui ont donné sa victoire en 2015.

Mais, qui au PLC a pensé que ce serait une bonne idée de demander à un groupe musical torontois, peu connu au Québec, de traduire sa chanson ?

Non seulement est que « On ne retourne pas » n’est pas français, « on lève une main haute pour demain » ça veut dire quoi ? Et depuis quand « on s’éclate comme par dynamite » ?

Faites l’exercice, c’est à peine si la version libérale est meilleure que celle de Google translate.

Tout un symbole ...

Ce n’est qu’une chanson me direz-vous. Mais la gaffe illustre tout le rapport amour-haine entre Justin Trudeau et le Québec.

Il est féministe, progressiste. Il investit massivement dans des programmes sociaux et les infrastructures. Il croit au rôle de l’État. Et pourtant, il y a quelque chose d’essentiel qu’il ne semble pas saisir : l’attachement viscéral des québécois à leur langue, leur culture surtout.

Voilà pourquoi il est inadmissible qu’un chef de parti, québécois de surcroît, ait pu penser que cette mauvaise traduction d’une chanson anglo d’un groupe torontois passerait inaperçue, voire qu’elle serait inspirante.

Est-ce que vraiment le PLC n’a pu trouver un seul groupe de musique francophone au pays l’autorisant à reprendre sa chanson ? Je dis bien « au pays » car objectivement, il pouvait piger dans la pléiade d’artistes québécois, mais aussi de tous ces artistes francophones hors-Québec qui se battent pour promouvoir leur langue et leur culture.

Si une mauvaise traduction d’un groupe torontois « fait la job », comment est-ce que le Parti libéral du Canada compte protéger l’univers culturel québécois et canadien-français face à la marée des Apple music, Netflix, Amazon Prime, Disney+ et autres?

Face à la levée de boucliers, le PLC annonce qu'il compte réenregistrer la chanson. Bravo! Mais disons que le mal est fait.