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Se faire payer pour répondre à des sondages

Dominique Scali | Le journal de Montréal

Courtoisie

Les Canadiens pourront maintenant être payés lorsqu’ils répondent aux sondages de la firme Léger grâce à une nouvelle application qui a le potentiel de rejoindre les jeunes, mais qui suscite aussi la crainte de certains politologues.

«On a tellement de demandes pour des sondages qu’on a été obligés de créer une app», dit en riant Jean-Marc Léger, président de la firme Léger. 

Léger a lancé lundi Léo, une application mobile qui permettra à ses utilisateurs de répondre à des sondages sur leur téléphone. 

En échange, les participants recevront des points ou rémunérations entre 1$ et 5$ par sondage, tout dépendant de sa longueur ou de la rareté des profils visés. 

Mieux cibler

Cette façon de faire permettra de rejoindre plus facilement des personnes qui partagent des caractéristiques très précises. C’est le cas lorsqu’une pharmaceutique veut obtenir une rétroaction de femmes enceintes qui prennent un de leur médicament, par exemple. 

Pour ce qui est des sondages politiques, Léo servira aussi à étendre l’éventail de plateformes par lesquelles Léger peut rejoindre les gens. Le sondeur se basera tout de même sur des échantillons représentatifs de la population, assure M. Léger.  

La firme continuera donc à faire des appels téléphoniques et à recevoir des formulaires par internet pour rejoindre les répondants qui n’ont pas téléchargé l’application. 

Craintes

«Mais j’ai peur que ce soit toujours les mêmes personnes qui répondent», s’inquiète André Lamoureux, spécialiste de la politique canadienne à l’UQAM. Il craint ainsi qu’une partie des réponses soient biaisées par des participants qui répondent un peu n’importe quoi, simplement pour obtenir la récompense. 

Il s’agit toutefois d’un concept qui existe déjà aux Etats-Unis, rappelle Jean-François Daoust, post-doctorant à l’Université McGill. «Il y en a qui font ça de leur vie, répondre à des sondages», résume-t-il.  

Les sondeurs ont donc développé des mécanismes pour identifier ceux qui répondent n’importe quoi, comme de leur demander de cocher la case d’une certaine couleur, plutôt que de leur poser une question, illustre M. Daoust.  

Au-delà de ce «petit risque», une telle application présente toutefois un avantage : celui de rejoindre davantage la jeune génération, ajoute-t-il. 

De son côté, Jean-Marc Léger croit que de rémunérer les participants les incitera plutôt à répondre de façon plus consciencieuse. «C’est win-win», résume-t-il. 

La firme sera aussi en mesure de détecter ceux qui répondent de façon laxiste ou qui disent habiter au Lac-St-Jean alors qu’ils vivent sur un autre continent, assure M. Léger. 

Noter les commerces

En plus des sondages, Léo permettra à ses utilisateurs d’évaluer leur expérience dans n’importe quel commerce ou organisme, lorsque l’envie leur prend. 

Vous trouvez que la file d’attente aux caisses était interminable lors de votre dernier passage dans une Société des alcools du Québec? Vous pouvez en faire part à Léo, illustre M. Léger.  

L’application vient donc jouer un rôle semblable à la fonction qui permet de laisser des avis sur Google, mais sans que les commentaires ne soient publics. Les données ainsi colligées pourront ensuite être retransmises aux organisations qui souhaitent mieux comprendre les attentes de leurs clients, explique-t-il. 

«Les consommateurs sont beaucoup plus exigeants et infidèles qu’avant.» C’est donc pourquoi la demande pour des sondages est maintenant «phénoménale» et n’a cessé de croître depuis le début de sa carrière il y a trois décennies, dit M. Léger.  

Selon lui, l’application vient donc donner aux utilisateurs la possibilité de «changer le monde» grâce à leur rétroaction rapide. 

Dans tous les cas, les données er réponses de chaque individu seront confidentielles. Ce sont les données collectives, comme le pourcentage de répondants qui se disent satisfaits et pour quelles raisons, qui seront transmises aux entreprises, explique-t-il.  

Ainsi, une personne qui évalue positivement un produit ne verra pas de publicités reliées sur sa page Facebook dans les jours suivants, assure-t-il. «Je ne suis pas là pour vendre des balayeuses», ironise-t-il.