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Syndic congédié: «J’en ai les poils hérissés» - Doc Mailloux

Éric Yvan Lemay | Le Journal de Montréal

Le syndic du Collège des médecins qui était aux trousses du controversé docteur Mailloux et de plusieurs autres médecins a perdu son poste au cours des dernières semaines.

Le Collège des médecins a refusé d’expliquer ce qui avait mené au départ du Dr Mario Deschênes.

Selon nos informations, le Collège aurait mis fin à son contrat à la suite de plusieurs plaintes concernant le travail du bureau du syndic pour lequel il travaillait. Il est le seul à avoir perdu son emploi sur la douzaine de syndics adjoints.

Des médecins auraient dénoncé des façons de faire du syndic qui frôlaient l’intimidation et un manque d’écoute sur ce qui pouvait expliquer des gestes qui leur étaient reprochés.

Le psychiatre Pierre Mailloux l’a souvent pris à partie publiquement, le qualifiant « d’hystérique » et « d’individu petit ». Les deux hommes ont souvent eu à se faire face depuis 15 ans devant le conseil de discipline du Collège, et même en Cour suprême.

Médecins en détresse

Même si les syndics adjoints comme le Dr Deschênes travaillent à forfait au Collège, ils sont considérés comme des employés à temps plein.

Les syndics jouissent d’une grande latitude pour mener leurs enquêtes, et il est rarissime qu’un médecin perde son poste de syndic.

Dans les semaines précédant son départ, les présidents des fédérations des médecins omnipraticiens et des médecins spécialistes avaient dénoncé les façons de faire du Bureau du syndic lors du congrès du Collège des médecins. Ils avaient rapporté plusieurs problèmes de détresse et même des suicides liés au processus disciplinaire.

Selon nos informations, le nom du Dr Deschênes serait revenu à plusieurs reprises en coulisses. Le Collège refuse toutefois de dire s’il reprochait quoi que ce soit à ce dernier.

Selon une porte-parole, le médecin a signé une entente de fin de contrat imposant un devoir de confidentialité.

Blâmé dans une décision

En juin dernier, une décision du Tribunal des professions reprochait au Dr Deschênes d’avoir dévoilé une information confidentielle en contravention du serment de discrétion auquel il était tenu.

Lors d’une audition concernant une plainte disciplinaire contre le Dr Pierre Courchesne, le Dr Deschênes avait révélé aux membres du conseil de discipline que le Dr Courchesne avait déjà fait l’objet de nombreuses demandes d’enquête.

Or, ces demandes d’enquête n’avaient pas toutes mené au dépôt de plaintes disciplinaires et auraient donc dû rester secrètes.

Par ailleurs, le Dr Deschênes a demandé le retrait des plaintes déposées contre 17 ophtalmologistes de Québec pour avoir facturé des frais accessoires. Cette décision avait été contestée par la patiente à l’origine de la plainte.

Le Dr Deschênes n’a pas rendu l’appel de notre Bureau d’enquête.

Des dossiers médiatisés

Le syndic Deschênes a été mêlé à quelques dossiers médiatisés.

6 juin 2018 : Le syndic Deschênes retire les plaintes contre huit urologues qui ont facturé des frais accessoires pour des vasectomies à la clinique Urolaval. En échange, les médecins acceptent de payer 5000 $ et de ne pas récidiver.

20 juin 2018 : Le quotidien La Presse publie un article où une patiente dénonce le fait que le syndic Deschênes ne l’a pas contactée en lien avec une enquête sur des inconduites sexuelles. Même s’il connaissait son existence, le Dr Deschênes ne l’a pas questionnée sur sa relation avec le Dr Roger Hobden qui a été radié durant 15 mois.

4 avril 2019 : Les médecins du Centre oculaire de Québec voient les plaintes déposées contre eux pour avoir facturé des frais accessoires être abandonnées par le syndic.

«J’ai mon voyage»

Le psychiatre Pierre Mailloux n’en revenait pas hier soir, en apprenant le départ du syndic qui a déposé plusieurs plaintes contre lui dans les 15 dernières années.

«J’ai mon voyage. Je suis très fier. J’ai livré toute une bataille à ce gars-là. C’est une épopée héroïque», a-t-il lancé dans son langage coloré quelques minutes après avoir appris la nouvelle de notre Bureau d’enquête.

«J’en ai les poils hérissés. Je ne sais pas quoi dire», a-t-il poursuivi.

Au cours des derniers mois, le conseil d’administration du Collège a levé les limitations du psychiatre pour lui permettre de traiter des adolescents de 13 à 17 ans à la suite d’une recommandation du conseil de discipline.

Il estime donc que le départ du syndic n’est pas lié à son dossier à lui.

«Ennemi juré»

Il est conscient qu’il ne fait pas l’unanimité dans la profession, mais il estime qu’on s’est acharné injustement contre lui.

«Je suis un bon psychiatre, mais à cause de la place que j’occupe dans les médias, il y a des gens qui me détestent avec passion», dit-il.

Celui qui pratique depuis 40 ans ne digère toujours pas que son jugement ait été remis en question par le syndic Deschênes. «Ça a toujours été mon ennemi juré. Je n’ai rien contre mon ordre professionnel, c’est contre l’individu», poursuit-il en disant avoir toujours refusé de lui serrer la main.

«À sa décharge, je ne suis pas commode», reconnaît-il en éclatant de rire.

Depuis le début des années 2000, le docteur Mailloux a dû se défendre pour des propos controversés tenus en ondes ou encore pour des mégadoses de médicaments données à ses patients, dont certains étaient mineurs. Il insiste toutefois pour dire qu’il n’a jamais eu de plainte disciplinaire initiée par des patients sous traitement ou par l’un de leurs proches.