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«Beans» : la crise d'Oka vécue par une fille de 12 ans

Yan Lauzon

 - Agence QMI

La crise d'Oka sera vue sous un nouvel angle pour ses 30 ans. Déjà auteure de plusieurs œuvres documentaires, la réalisatrice et scénariste mohawk Tracey Deer (la série «Mohawk Girls») tourne actuellement son premier long métrage de fiction basé sur son enfance et intitulé «Beans» à Kahnawake, l'un des territoires marqués par le célèbre conflit de 1990.

Tracey Deer avait 12 ans – soit le même âge que la jeune fille du titre – durant l'été où le choc entre les gouvernements et les Autochtones a eu lieu. Elle a planché sept ans sur le scénario de son film afin de s'éloigner de la vision adulte et de la ligne de front de l'événement.

«Mon expérience de ce conflit a été complètement différente de celle des Warriors, des soldats et des femmes en première ligne, assure-t-elle. Et je pense que c'est une histoire tout à fait légitime à raconter. Mon souhait, c'est qu'elle humanise l'événement.»

Pas de blâme

Bien que ce soit quelque chose qui serait facile à faire, la cinéaste ne veut pointer personne du doigt avec cette œuvre s'articulant autour d'une fille qui prend conscience des aléas de la vie.

«Je ne raconte pas l'histoire de la crise d'Oka, mais plutôt celle d'une adolescente qui a grandi durant le conflit. Ça concerne une jeune Autochtone qui découvre qu'elle est différente et que la différence dans ce pays peut être très dangereuse.»

Forte d'un riche passé de documentariste, Tracey Deer a inséré, dans son récit, cinq moments d'archives pour illustrer une partie de la couverture médiatique du conflit. Ces portions seront des pivots de l'intrigue.

«J'aborde le contraste entre ce que les gens entendaient sur nous et qui nous sommes vraiment», précise-t-elle.

Blocages

Même si elle a vécu de très près les 78 jours intenses de cette opposition, le retour dans le passé ne s'est pas fait sans heurts pour la cinéaste.

«Mon plus grand défi vient de ma propre pression de bien faire les choses avec ma communauté, avec l'histoire, avoue Tracy Deer. Ce fut aussi très difficile de replonger dans mes souvenirs, car j'ai eu de nombreux blocages d'écriture parce que je ne voulais pas me rappeler de tout ça.»

Si on en juge par la scène répétée lundi après-midi devant les médias, des promettent d'être intenses. La cinéaste et son équipe ont revécu le moment où la tension monte entre les Autochtones et les policiers sur une des plus petites routes servant d'accès à la réserve de Kahnawake. Au milieu des insultes, des armes et des barricades, des femmes tentent d'apaiser les choses en venant s'interposer entre les deux groupes, apportant des victuailles aux hommes de leur clan.

Un souhait

En tournant «Beans», Tracey Deer souhaite éveiller les consciences. «Avec chacun de mes projets, idéalement, mon but à atteindre est d'avoir un impact positif sur notre société, que les gens puissent voir ce film et que la compassion et la compréhension grandissent.»

«En tant que société, nous devons changer, mais le changement ne se produit pas si nous avons nos oeillères, nos idées préconçues. Je veux que les gens nous connaissent. Nous avons besoin d'alliés.»

Tourné en anglais à Kahnawake, mais aussi Kanesatake, Oka et Montréal jusqu'au début d'octobre, le long métrage «Beans» doit prendre l'affiche à l'automne 2020.