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Le prix de l’essence trop élevé à Rimouski?

Katia Laflamme | TVA Nouvelles

Les résidents dans le secteur de Rimouski sont plusieurs à remarquer que le prix de l’essence est souvent plus élevé qu’ailleurs au Québec.

TVA Nouvelles a décortiqué les différentes données publiées par la Régie de l’énergie des six derniers mois.

Selon le bulletin d’information sur les prix des produits pétroliers, le prix de vente du litre d’essence à la pompe au Bas-Saint-Laurent était plus élevé 95% du temps lors des six derniers mois.

TVA Nouvelles a aussi étudié le prix minimum estimé (PME).

Le PME représente une estimation des coûts que doit supporter un détaillant pour vendre son carburant.

Ce prix inclut le prix minimal à la rampe de chargement de Montréal (prix brut) ainsi que les taxes et les frais de transport. Ce prix est différent pour chaque MRC de la province puisque les frais sont différents et les congés de taxes aussi.

En soustrayant le prix minimum estimé du prix de vente, on remarque que le profit des essenceries dans le secteur de Rimouski est presque toujours plus élevé que la moyenne provinciale.

À titre d’exemple, le PME à Rimouski lors de la semaine du 10 septembre était de 1,13$ le litre. Alors que le prix de vente était 1,26.$.  Ce qui fait une marge de profit de 13 cents le litre. La moyenne provinciale était de sept cents.

Dans les six derniers mois, le profit des détaillants dans la région était dans 60% du temps le double de la moyenne du reste de la province. Dans 30% du temps, le profit était d’une fois et demie.

Seule exception : la semaine du 16 avril 2019, les détaillants de Rimouski gardaient, à ce moment, relativement le même profit que la moyenne des essenceries du Québec (5 cents).

Selon le professeur d’économie de l’Université du Québec à Trois-Rivières Frédéric Laurin, les prix sont toujours fixés en fonction de l’offre et de la demande en tenant compte aussi de la concurrence.

Les détaillants dans le secteur sont en situation l’oligopole «il y a un tout petit nombre d’entreprises et si on prend le cas de deux stations-service l’une en face de l’autre, s’il y en a une qui décide de diminuer son prix en pensant aller chercher plus de clients le problème c’est que l’autre va le voir et automatiquement va vouloir baisser son prix», explique Frédéric Laurin.

Il ajoute «on est dans une situation où l’on se partage le marché 50/50 avec des prix élevés et après ça on baisse les prix et on se retrouve encore à partager le marché 50/50, mais avec des prix beaucoup plus bas. Donc les profits diminuent». 

L’économiste tire la conclusion que «personne dans un marché comme celui-là qui a intérêt à baisser son prix». 

Peut-on parler de cartel?

TVA Nouvelles a exposé la situation au Bureau de la concurrence du Canada.

Selon le bureau de la concurrence, «le fait que des détaillants offrent des prix similaires ou élevés ne constitue pas en soi une infraction à la Loi sur la concurrence. Il doit exister des preuves indiquant que les concurrents ont conclu un accord illégal pour établir ces prix».

De par sa nature, un cartel est secret et donc très difficile à détecter. Comme l’infraction de complot en vue de fixer les prix est une infraction criminelle, pour condamner une personne ou une entreprise, le Bureau de la concurrence doit prouver «hors de tout doute raisonnable» que le participant accusé a commis l’acte ou les actes interdits par l’article 45 de la Loi sur la concurrence et que l’accusé avait l’intention de commettre l’infraction.

Le Bureau de la concurrence invite toutes les personnes qui pensent détenir des preuves de fixation des prix à les porter à son attention via son site internet : [https://www.bureaudelaconcurrence.gc.ca%0d]www.bureaudelaconcurrence.gc.ca ou  au 1-800-348-5358.