/news/law

Sofiane Ghazi veut retirer sa reconnaissance de culpabilité

Michael Nguyen | Le Journal de Montréal

Le Montréalais qui a tué son bébé encore dans le ventre de sa mère à coups de fourchette à viande a fait volte-face et a congédié ses avocats, tout en annonçant qu’il voudra retirer sa reconnaissance de culpabilité. 

«Ils [les avocats] n’ont pas défendu mes droits», a lancé Sofiane Ghazi ce matin, créant une onde de choc dans la salle d’audience du palais de justice de Montréal.

À LIRE ÉGALEMENT

D'un mariage heureux au meurtre sordide d'un bébé

Il s’agit d’un nouveau rebondissement dans cette affaire qui remonte à juillet 2017. Ce jour-là, le meurtrier de 39 ans s’en était violemment pris à sa femme enceinte, qui devait accoucher de leur troisième enfant quelques jours plus tard. 

Un «monstre» 

Jaloux et grand consommateur de crack, Ghazi avait saisi une fourchette à BBQ et en avait asséné 19 coups à sa femme, 12 des coups touchant l’enfant dans le ventre de sa mère. La femme avait été transportée à l’hôpital et les médecins avaient procédé à une césarienne. «Bébé Ghazi» a vécu quelques minutes avant de succomber à ses blessures. 

«Je me disais que c’était impossible... Je n’arrivais pas à réaliser. Et quand je voyais ses yeux, ils étaient... c’était un monstre», avait expliqué la conjointe de Sofiane Ghazi lors d’une audience préliminaire.  

Le procès devant jury de Sofiane Ghazi, accusé du meurtre au premier degré de «bébé Ghazi» et de tentative de meurtre sur sa femme, avait débuté il y a deux semaines. Cependant Ghazi, après l’audition de deux témoins, avait fait volte-face en plaidant coupable à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré et de voies de fait graves. 

Lors de cette audience, le juge Jean-François Buffoni avait pris la peine de rappeler qu’il s’agissait d’un meurtre, puisque l’enfant était né avant de mourir. 

Retrait de plaidoyer

Ghazi était de retour en cour ce matin pour les observations sur la peine devant lui être imposée. Son épouse devait d’ailleurs témoigner des conséquences des crimes qu'il a commis. Mais Ghazi a plutôt annoncé qu’il chercherait de nouveaux avocats et qu’il compte demander la tenue d’un nouveau procès. 

«On est surpris, on l’apprend en même temps que vous», a réagi la procureure de la Couronne Chantal Michaud. 

Devant cette situation inattendue, le juge Jean-François Buffoni a reporté la cause de trois semaines, le temps que Ghazi se trouve un nouvel avocat. 

«Je demande pardon pour cette décision», a dit Ghazi dans la salle d’audience, avant de tenter d’expliquer son choix. 

Selon lui, il a plaidé coupable de meurtre en vertu d’un article du Code criminel stipulant qu’un «enfant devient un être humain au sens de la présente loi lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère», «qu’il ait ou non une circulation indépendante», entre autres. 

Or Ghazi a affirmé qu’il aurait dû être selon lui accusé d’homicide involontaire, en se reportant à un article du Code suivant lequel un meurtre devient un homicide si l’accusé a «agi dans un accès de colère causé par une provocation soudaine». 

Pas si simple

Mais sa tâche ne s’annonce pas simple, selon la juge retraitée Nicole Gibeault. 

«Il faudra vraiment qu’il ait de bons arguments, a-t-elle commenté. Parce que, lors d’un plaidoyer de culpabilité, le juge s’assure qu’il est fait volontairement et que l’accusé comprenne les conséquences.» 

Si Ghazi dépose une requête en retrait de plaidoyer, ce sera à lui de prouver qu’il a été induit en erreur, a ajouté la juge retraitée. Ce qui est sûr, selon elle, c’est qu’une enquête approfondie aura lieu. 

«Il a reconnu la mort d’un être humain, le tribunal connaissait les enjeux, mais, comme on ne sait pas encore ses arguments, tout est possible», a-t-elle conclu.

Dans la même catégorie